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Mixtape : Critique écrite (sans spoiler)
Le monde du jeu indépendant fourmille d'expériences marquantes, ce qui est plus que jamais le cas en 2026 au point où on peut facilement passer à coté d'une pépite. Voilà dans quelle catégorie tombe Mixtape, qu'on peut facilement imaginer comme un jeu à mettre entre Life is Strange et Lost Records Bloom and Rage. Mais ça, c'était jusqu'à ce qu'une bonne partie de la presse mondiale annonce Mixtape comme un concurrent au titre de jeu de l'année, une aventure qui mérite des 10/10, une expérience qui aurait de quoi marquer le monde du jeu vidéo, rien que ça. Suffisamment intrigant se laisser tenter, surtout que le titre est présent dans le Game Pass.
Un échappatoire artistique
Avant même de lancer Mixtape, on découvre qu'il est développé par Beethoven & Dinosaur, une équipe derrière l'excellent jeu The Artful Escape, sorti en 2021. On retrouve d'ailleurs leur patte visuelle avec des graphismes colorés à effet peinture et des personnages aux mouvements saccadés, comme en stop-motion. De quoi se démarquer du lot et mettre dans la bonne ambiance, celle du début des années 1990 vécues par des lycéens qui s'apprêtent à faire le grand saut dans la vie d'adulte. Une époque fantasmée, faite de cassettes audios à rembobiner, de descentes à skate sur les routes californiennes pleines de feuilles couleur rouille et de photo polaroids quand elles ne sont pas prise par un semblant de proto-gameboy.
Pour accompagner ce visuel issu d'un songe, on dispose d'une bande son de très haut niveau, qui est en réalité le point centrale de l'aventure. Mixtape raconte l'histoire de Stacey Rockford qui veut justement devenir celle qui propose les bandes sons aux réalisateurs, et c'est elle qui a préparée la playlist qui va accompagner ses dernières heures d'insouciances avec ses amis. On adonc une musique non pas composée pour l'occasion mais faite d'une collection de titres allant des années 60 au début des années 90 et c'est toujours le bon morceau au bon moment. Pas d'énorme tube mais pleins de chansons qu'on adore découvrir, des "B-side" de groupes connus qui montrent le talent musical de ces artistes. Une bande son qu'adorerait Quentin Tarantino et qui rappelle beaucoup Once Upon a Time in Hollywood.
Une manette est préférable
Un jeu vidéo, c'est plus qu'une identité visuelle marquée, une ambiance sympa et une musique qui déchire, c'est aussi (et surtout) du gameplay, de la jouabilité, des actions entreprises par le joueur/la joueuse pour faire avancer l'aventure. J'évoquais Life is Strange un peu plus tôt et on n'est absolument pas dans ce genre là, celui du Point 'n click moderne. On est bien sur un jeu narratif mais il pousse la logique plus loin, lorgnant du côté des walking simulator façon Gone Home ou What Remain of Edith Finch. Est-ce que le jeu peut se finir en posant la manette ou presque ? On peut globalement répondre oui. Vos actions n'auront pas d'impact important sur l'histoire, beaucoup de séquences sont des cinématiques assez longues et on ne peut pas vraiment perdre.
Pour autant, c'est bien un jeu vidéo que l'on a entre les mains ce que plusieurs séquences viennent nous rappeler. On se trouve à vivre des souvenirs communs à un groupe d'amis et chacun de ces souvenirs est une petite mécanique de gameplay à part. Leur objectif n'est pas de faire le meilleur score, de prouver votre dextérité ou de vous divertir par le sentiment d'accomplissement de vos actions. Leur objectif est de vous impliquer dans la vie de ces personnages, de créer un lien émotionnel pour que l'histoire vous touche, bien plus que ne pourrait le faire un film. Et cela fonctionne sur plusieurs séquences, allant crescendo. Si on peut avoir des doutes sur le premier quart du jeu, les choses prennent un autre tournant après. Le genre de séquences qui peuvent vous marquer, surtout si vous vous reconnaissez un peu dans les personnages que vous suivez.
Malgré cela, j'ai le sentiment que plusieurs séquences en cinématique aurait pu justement être plus forte en gameplay. Les bonnes séquences ne font pas oublier les moments un peu plus flottants qui sont loin d'être des tâches ignobles, mais qui, à mon sens, empêchent le jeu d'atteindre des hauteurs qu'on lui prêtent ailleurs.
Une dernière fête pour la route
La technique et le gameplay sont clairement fabriqués pour mettre en valeur l'histoire, un scénario plutôt classique dans le fond qui permet de mieux mettre en avant l'ambiance et la musique qui l'accompagne. Trois amis se préparent à faire une dernière fête avec leurs collègues de lycée avant de partir pour une autre vie, celle de l'université et du monde du travail. Cette préparation va impliquer de faire le tour des chambres de chacun et chacune, un moyen de mieux découvrir leur passé commun et surtout leurs personnalités.
En 4 heures, vous allez surtout découvrir des personnages écrits de façon assez humaine, de quoi vous identifier si vous avez vous-même vécu cette période de la vie en venant d'une zone pavillonnaire assez aisée. Personnellement, j'ai eu beaucoup de mal avec le personnage central, celui de Stacey Rockford, que je trouve plutôt désagréable (mais pas mal écrit pour autant). Mais j'ai pu m'attacher au personnage de Cassandra Morino, signe qu'on peut quand même apprécier l'histoire et se sentir impliqué sans être en accord sur toute la ligne. Et le jeu n'a pas pour objectif d'aller plus loin que de faire revivre cette période d'insouciance de la fin de l'adolescence, une période où tout semble encore possible.
Conclusion
Mixtape est un jeu vidéo très moderne, qui sait utiliser le gameplay pour vous connecter avec une histoire et une ambiance comme aucun autre médium artistique ne peut le faire. C'est une aventure sympathique à parcourir, une parenthèse "feel good" de quelques heures portée par une bande son qui sait être au bon endroit au bon moment. Si certaines séquences ont de quoi rester dans les esprits quelques temps, on n'est pas non plus sur un jeu dont on se souviendra sur le long terme. Mais on ressort quand même avec le sourire de ces quelques heures passées en Californie dans les années 1990.
C'est pour vous si :
- Vous aimez les walking simulators
- Vous n'avez rien contre les histoires de sortie de l'adolescence
- Vous aimez les musiques pop/rock des décennies 1970 et 1980
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