person_outline
search

    Mois-Sonneur #136 : Les indépendants ont pris le pouvoir ?

  • Mois-Sonneur
  • Mis en ligne le

Nouveau Mois-Sonneur puisqu'un mois vient de se terminer, on revient ici sur l'actualité de Novembre 2025. Et puisque la fin d'année arrive très vite, on se pose une question du mois un peu en lien avec la cérémonie des Game Awards à venir. Vous retrouvez un texte complémentaire sur la question des jeux indépendants ci-dessous, n'hésitez pas à donner votre avis en commentaire.

Les nouveaux outsiders

En 2023, alors que Baldur’s Gate 3 se présentait comme un favori au titre de jeu de l’année, la question de la définition de ce qu’est un jeu indépendant avait envahi l’espace médiatique autour du monde du jeu vidéo. On avait fini par dire qu’un jeu indépendant est avant tout fait par des créatifs, par opposition aux jeux de commandes qui répondent à la volonté du marché financier.

Mais à cette époque, pas si lointaine, il n’y avait qu’un ou deux jeux indépendants qui avaient voix au chapitre du meilleur jeu chaque année, et qui servaient souvent de figurant dans la discussion finale. C’était plus un positionnement politique, comme pour signifier qu’on savait bien que le jeu vidéo, ce ne sont pas que des jeux à budgets énormes soutenus par des éditeurs prêt à aligner les billets.

En 2025, la situation s’est inversée, sans qu’on ne l’anticipe vraiment. Les jeux dont tout le monde parle, pour leurs qualités exceptionnelles, ce sont Clair Obscur Expedition 33, Hollow Knight Silksong, Hades 2 et peut-être même Death Stranding 2, quatre projets réalisés par des créatifs sans l’appui d’un gros éditeur. Amenant même certains à grossir le trait en indiquant que les jeux indépendants ont pris le pouvoir sur les jeux de commandes, ce qu’on appellera maladroitement les “gros jeux”.

Sur cette année, c’est assez vrai sur le plan du retour critique où quelques gros jeux comme Kingdom Come Deliverance 2, Donkey Kong Bananza ou Ghost of Yotei ont quand même réussi à se frayer un chemin. Mais c’est d’abord parce que l’année a été anormalement basse en projets issus de gros studios. De l’autre côté, les indépendants ont continué à sortir en nombre, et comme tous les ans on en trouve beaucoup de bons et encore plus de complètement raté. La concentration dans la catégorie des bons jeux a donc tourné à la faveur des indépendants, mais c’est plus un cas particulier qu’une nouvelle généralité.

Car les gros jeux sont quand même ceux qui ont fait le plus de ventes cette année. Battlefield 6 ou EA Sports FC 26 se sont vendus en millions sans aucun problèmes, des scores équivalents pour Call of Duty Black Ops 7 alors même que le jeu est aussi sur le Xbox Game Pass. Des chiffres bien supérieurs à ce qu’a pu faire Clair Obscur Expedition 33 pour le moment. La majorité des joueurs est donc toujours sur les gros jeux. Même un Assassin’s Creed Shadows aux ventes jugées “basses” par quelques analystes bat la plupart des jeux indépendants.

On peut même se dire que Death Stranding 2, avec sa technique de très haute volée qui en poussera plus d’un à ne pas le mettre dans la catégorie des indépendants, va attirer plus de monde simplement par son aspect graphique et cinématographique qui parlera à plus de personnes. Si on accepte la définition large de jeu indépendant que j’utilise ici, on peut donc se dire que ce n’est pas la créativité plus importante qui pousse cette catégorie sur le devant de la scène, c’est plutôt le mode de fonctionnement de l’industrie actuelle, avec beaucoup de studios indépendants très bien construits, qui amène naturellement plus de jeux indépendants à un haut niveau.

Le monde du jeu indépendant est donc désormais très musclé, et n’a plus peur d’aller défier des projets de gros studios. On y trouve toujours beaucoup de créativité mais maintenant soutenue par une technique du meilleur niveau. Pour autant, imaginez qu’un Grand Theft Auto 6, un Intergalactic the Heretic Prophet, un Judas ou un nouveau God of War soit de la discussion du meilleur jeu cette année. Personnellement, j’imagine qu’ils partiraient avec une longueur d’avance sur la concurrence, quand bien même ils ne serait pas forcément aussi mémorable ou appréciable (après tout, ce sont des jeux qui n’existent pas encore, on ne peut que supposer de leur valeur).

Les jeux indépendants ne sont donc pas les nouveaux maîtres de l’industrie. Ils sont dans une nouvelle lumière qui les met presque sur un pied d’égalité avec les autres. Mais il faut quand même qu’ils fassent quelques efforts pour aller vers le public. Prenez un Blue Prince, un jeu exceptionnel qui se retrouve mis à l’écart car trop conceptuel. Le monde du jeu indépendant garde donc ses spécificités, et c’est sûrement ce qui fait une partie de son charme.

Ajouter votre commentaire

Écrire un commentaire en tant qu'invité

0 / 250 Restriction des caractères
Votre texte doit contenir entre 5 et 250 caractères
  • Aucun commentaire sur cet article.