person_outline
search

    Mois-Sonneur #142 : FR On retient quoi des conférences de Juin 2026 ?

  • Mois-Sonneur
  • Mis en ligne le

Le monde du jeu vidéo peut aller très vite. L'année 2026 était très calme sur son début d'année, jusqu'au feu d'artifice des conférences du début du mois de Juin. Sauf que quelques semaines plus tard, ces conférences semblent être très très loin et leur analyse en est bouleversée. On discute de tout ça dans la question du mois de ce nouveau Mois-Sonneur et on épilogue sur le sujet à l'écrit ci-dessous. Comme toujours, n'hésitez pas à donner votre avis en commentaire et à partager la discussion autour de vous.

Lendemain de fête difficile

De 2007 à 2019, le début du mois de Juin dans le monde du jeu vidéo était rythmé par l’E3, un salon qui permettait à toute l’industrie ou presque de présenter les nouveautés, d’abord par des conférences avec des bandes annonces marquantes puis par des sessions de jeu à Los Angeles. L’E3 a disparu mais le rassemblement est resté, au moins pour la partie des conférences et, en 2026, c’est un feu d’artifice comme on n’en avait pas eu depuis bien longtemps qui nous a été offert.

Tout a commencé avec Playstation et un State of Play marqué par Marvel’s Wolverine et God of War Laufey. Dans les deux cas, on a le droit à du long gameplay sans trop de coupures et sur des séquences impressionnantes. Juste avec cela, Playstation marque les esprits mais le reste de la conférence vaut aussi le coupe d’œil. Même chose pour le Summer Game Fest où de beaux projets ont décidé de s’y afficher, à l’image de Gen Atlas ou Guild Wars 3, tout cela pour mener à Final Fantasy 7 Revelation. Du gros, du lourd.

Si le Future Games Show a été un peu plus timide sur les ambitions, pas sur le nombre de jeux montrés, Xbox est venu remettre une couche avec un Xbox Games Showcase qui a de quoi marquer les esprits. Du gameplay pour Gears of War et le retour de l’exclusivité console, Clockwork Revolution qui semble très bien, Senua ou Fable mais aussi State of Decay 3 ou Call of Duty Modern Warfare 4. Asha Sharma a sorti l’artillerie lourde. Un PC Gaming Show habituel plus tard, c’est Nintendo qui est venu clore la séquence avec un NIntendo Direct lui aussi de haute volée, porté par Xenoblade Genesis, un remake de The Legend of Zelda Ocarina of Time et enfin du gameplay pour Kingdom Hearts 4.

Une dizaine de jours avec des vidéos très marquantes, des grosses licences, du gameplay et quelques bornes jouables donnant du travail aux journalistes, de quoi donner vie à une année 2026 plutôt endormie dans le monde du jeu vidéo. Si on avait dû faire une analyse de la séquence à ce moment-là, on aurait certainement parlé de la presque absence d’Ubisoft ou d’Electronic Arts, de Capcom qui reste solide sur ses appuis, des nouveaux acteurs comme l’Arabie Saoudite ou Tencent qui ne sont globalement pas conviés. Sauf que tout ceci, même si cela reste vrai, est surtout devenu accessoire.

De façon très surprenante, Xbox a été le premier à siffler la fin de la récréation, et de façon assez brutale. L’artillerie lourde sortie par Asha Sharma a surtout été tournée contre ses propres développeurs ; Double Fine, Compulsion Games et Ninja Theory, qui venait de présenter Senua, se sont retrouvés en discussion pour éviter une fermeture sèche. Une discussion qui pourrait sans problème s’étendre à d’autres studios. Pendant que les fans festoient sur les belles bandes annonces, les développeurs vivent dans la crainte de perdre leur emploi. Le nouveau mot d’ordre chez Xbox n’est pas l’ambition créative comme avait pu le laisser penser le Xbox Games Showcase, c’est plus que jamais l’ambition financière s’appuyant sur une rentabilité à court terme.

Les studios incriminés sont derrières des jeux comme South of MIdnight ou Keeper, des projets qui n’ont pas soulevés les foules mais qui étaient la preuve que Microsoft soutenait les artistes, ce qui permettait d’alimenter le Game Pass. C’était la stratégie d’avant, la stratégie de Phil Spencer. Désormais, Xbox doit essayer de survivre par soi-même, et cela sera fait avec une vision à court terme ; les têtes qui ne rentreraient pas dans cet état d’esprit ont le droit de dégager.

Mais Playstation aussi est redescendu de son nuage en faisant face au cas de Bungie, un échec moins de 4 ans après le rachat pour quelques milliards de dollars. Destiny 2 est arrêté mais cette décision ne semble pas faire l’unanimité chez Sony et Marathon ne décolle pas. Le studio va donc être coupé en deux, l’une des moitié allant au rebut. Mais les cadres de Playstation nous l’assure, le Game as Service n’est pas mort pour autant chez le constructeur japonais, et nous voilà de nouveau perdu. On pensait que le retour de la licence God of War au premier plan était un indice du retour des jeux solos, il semblerait qu’on se soit fourvoyé.

En parallèle de ces mouvements en coulisse, on a aussi eu l’indication que le mois de Mai 2026 a représenté un plus bas historique pour les ventes de console, autant chez Playstation que chez Xbox. Voilà qui devrait remobiliser tous les acteurs pour une sortie des prochaines consoles en fin d’année 2027, dans un contexte où le prix de la mémoire RAM n’en finit plus d’augmenter. Et au milieu, Nintendo continue sa route au sommet de la chaîne alimentaire, porté par une Switch 2 qui ne connait pas de trou dans ses ventes.

Mais en face de ce constat amère pour les constructeurs, qui restent les moteurs de l’industrie, il est important de se rendre compte du nombre de projets qui nous ont été présentés en une dizaine de jours début Juin. Je parle là de jeux moins ambitieux, ceux qui ont bénéficié du Future Games Show ou du PC Gaming Show, et de toutes les autres petites conférences qui ont pu avoir lieu sur la période. C’est le signe que le monde de l’indépendant se porte bien, peut-être même trop bien.

Il faut se rendre à l’évidence, il n’a jamais été aussi facile de réaliser un jeu vidéo, même si cela reste une entreprise plutôt complexe dans l’ensemble. On se retrouve alors dans une situation où des dizaines de milliers de projets arrivent sur le marché tous les ans, et au moins quelques milliers de ces projets sont soutenus par un budget qu’il faut rembourser. Certains de ces projets arrivent à sortir leur épingle du jeu, ceux portés par des équipes qui ont un peu de reconnaissance. Mais beaucoup tombent dans l'anonymat le plus total.

Je pense ici au parallèle entre un Meccha Chameleon, sorti de nulle part et qui se vend par millions alors qu’il n’est qu’en accès anticipé, face à n’importe quel jeu récent du studio Don’t Nod qui se trouve en grandes difficultés financières (j’aurai pu prendre beaucoup d’autres studios/jeux dans cette seconde position). Du point de vue financier, mettre de l’argent dans un studio peut sembler aussi risqué que de jouer à la roulette russe avec un barillet plein ; vous ne gagnez que sur un coup de chance, quand le canon s’enraye.

C’est peut-être là que couve la crise dont certains parlent concernant le monde du jeu vidéo, une crise qui pourrait rappeler celle de 1983, lorsque le jeu vidéo a failli disparaitre. Le marché est aujourd’hui plus fort et plus grand, mais pas suffisamment pour que tous les projets existent. Les gros sont ceux qui ont le plus à perdre et le feu d’artifice proposé à travers les conférences était peut-être un baroud d’honneur, un dernier essai pour relancer la machine. Tout ceci se cristallisera en 2027, autour de la nouvelle génération de console qui pourrait bien réinventer le modèle économique du secteur. D’ici là, les annonces de fermeture de studio pourraient bien être plus nombreuses que les annonces de gros projets.

Ajouter votre commentaire

Écrire un commentaire en tant qu'invité

0 / 250 Restriction des caractères
Votre texte doit contenir entre 5 et 250 caractères
  • Aucun commentaire sur cet article.