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Mois-Sonneur #144 : Y a-t-il trop de nouveaux jeux vidéo ?
L'année 2026 s'est bien emballée ces dernières semaines après un début d'année plutôt calme, et en Août les discussions ont beaucoup tourné autour de Grand Theft Auto 6, le jeu le plus attendu de l'histoire. Mais on va plutôt prendre un peu de recul sur l'industrie pour la question du mois et se demander quoi faire de tous les nouveaux jeux annoncés. Y en a-t-il trop ? Et quelles sont les impacts possibles ? C'est l'idée de la réflexion sur la question du mois, prolongée à l'écrit ci-dessous. Comme toujours, vous pouvez donner votre avis en commentaire et partager la discussion autour de vous.
La grande braderie
Une des raisons du crash du jeu vidéo en 1983 était la trop grande quantité de nouveaux jeux sur le marché, une quantité impossible à écouler qui était la conséquence d’une multitude de petits projets développés très rapidement et à la qualité franchement discutable. Le monde du jeu vidéo était alors reparti sur de nouvelles bases impliquant la validation des projets par les constructeurs, ce qui a drastiquement réduit le nombre de sorties d’ampleur.
L’industrie a fortement bougé en 40 ans et la bulle du Covid-19 a créé un afflux financier très important. Si on ajoute à cela la bulle du Game as Service, portée notamment un temps par le genre du Battle Royale, on se retrouve aujourd’hui dans une situation où le nombre de nouveaux jeux sortant sur le marché est proprement gigantesque. Toutes les semaines ou presque, ce sont au moins 2 jeux importants qui sortent, sans compter les surprises indépendantes comme Meccha Chameleon ou Big Walk qui peuvent accaparer notre temps.
D’un pur point de vue consommateur, on pourrait facilement se réjouir d’une telle situation ; votre genre préféré a très certainement sorti quelques belles nouveautés ces derniers mois. Et bien souvent, vous arrivez à trouver des jeux qui sont au pire bien acceptable en qualité, ce qui est le plus gros changement avec le début des années 1980, empêchant le marché de s'effondrer complètement. Avec les outils actuels, une équipe d’une dizaine de personnes peut tout à fait sortir un nouveau RTS, un nouveau jeu de plateforme ou de gestion avec un aspect professionnel et des mécaniques qui peuvent proposer pas mal d’inventivité.
La multiplicité des projets se remarque beaucoup lors des grands moments de conférence dans le monde du jeu vidéo. Même pour une rédaction professionnelle, cela n’a pas de sens de couvrir individuellement tous les jeux présentés à un Future Games Show ou à une conférence de lancement de la Gamescom. Sachant qu’il y a aussi des conférences Day of the Devs ou Triple I Initiatives, en plus des State of Play et Nintendo Direct. Il y a tout simplement trop de jeux montrés, dans tous les styles, avec toutes les directions artistiques possibles, avec tous les concepts possibles. Au pire on pourrait dire “voilà un rogue-like de gestion avec des zombies photoréalistes” puis “voici un jeu de plateforme dans l’espace avec un look super-NES”, et ainsi de suite. Toutes les associations que vous pouvez imaginer, vous finirez par les voir.
Au-delà du simple fait que les journalistes ne peuvent plus accorder suffisamment d’importance à chaque jeu, ce qui fait passer à côté de certains projets qui finissent par exploser, la problématique pourrait devenir économique. Pour le moment, les jeux qui se sont ratés n’ont pas l’excuse d’avoir été étouffés par le nombre de sorties, hormis quelques exceptions éparses. Mais on peut commencer à avoir peur en voyant la fin Septembre annoncée pour 2026 ou l’année 2027. Le constat est simple, notre temps n’est pas extensible et le nombre de jeux qui valent le coup augmente tous les ans. Alors, quand on aime le jeu vidéo et qu’on est curieux, on doit mettre des choses de côté. Et si tout le monde fait la même chose sur les mêmes projets, cela pourrait être la banqueroute pour des jeux tout à fait corrects.
Les jeux à licence représentent des valeurs sûres, les nouveautés des risques. Capcom a réussi son coup avec Pragmata mais combien d’autres réussiront ? Cela pourrait nous amener vers des gros éditeurs s’appuyant encore plus sur leurs gros noms, prenant le moins de risque possible pour assurer le retour sur investissement. En face, le monde des indépendants va devenir plus que jamais une jungle où tout le monde tentera sa chance pour seulement quelques réussites. Dans les deux cas, la qualité du jeu n’a que peu d’importance sur ses résultats économiques, en témoigne Meccha Chameleon qui n’est même pas fini.
Toutes ces questions arrivent au moment où une nouvelle génération de console doit arriver, probablement avec de nouveaux modèles économiques. Les composants informatiques sont devenus trop chers menant à du matériel hors de prix, les disques sont voués à disparaître et les abonnements vont certainement repartir de l’avant. Au milieu de tout cela, que vont devenir les jeux ? Soit chaque petite communauté se spécialise, et chacun jouera à son style de jeu fétiche sans aller voir ailleurs. Soit le modèle actuel explose.
Dans le premier cas, on se dirigerait vers un monde du jeu vidéo ultra-spécialisé, mais combien de temps durera-t-il ? Parce que nous sommes nombreux à aimer le jeu vidéo avant tout, à jouer à plusieurs genres, à aimer les bons jeux et les bonnes idées d’où qu’elles viennent. On finirait par s’ennuyer en restant sur un genre en soi et celui-ci pourrait ne plus être rentable avec des développeurs qui ne fournissent que ce qui fonctionne.
Dans le second cas, on pourrait passer par une première phase difficile, dans la continuité de la restructuration globale que nous vivons ces dernières années. Des licenciements et des fermetures pour trouver un autre mode de fonctionnement qui pourrait se porter vers des développement un peu plus long pour maximiser la qualité. Cela réduirait mécaniquement le nombre de sorties, au moins dans un premier temps.
Vous l’avez compris, la situation actuelle du grand nombre de sortie est potentiellement une petite bombe. Pour le moment, tout va bien. Mais si elle venait à exploser, par exemple au moment des prochaines nouvelles consoles, l’industrie que l’on connaît actuellement pourrait évoluer très vite. Et pourquoi pas revenir à un modèle plus proche de l’après-crash de 1983, comme si l’histoire n’était qu’un éternel recommencement.
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