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    Mois-Sonneur #132 : Le Game Pass est-il une bonne chose ?

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Dans un mois de Juillet qui a senti bon les vacances du monde du jeu vidéo, beaucoup se sont demandés si le Xbox Game Pass était vraiment une bonne chose, autant pour Microsoft que pour le reste de l'industrie. En prenant le temps et le recul, on a décidé de s'attaquer à cette problématique dans la question du mois du Mois-Sonneur #132. Comme toujours, n'hésitez par à vous exprimer en commentaire et à partager la vidéo et cet article autour de vous.

Abonné à l’argent

Lors de son arrivée dans le paysage du jeu vidéo en 2017, le service du Xbox Game Pass soulevait beaucoup de questions. Jusque-là, les jeux vidéo s’achetaient à l’unité, pendant longtemps en version physique et en magasin et de plus en plus de façon dématérialisée, jusqu’à même avoir des jeux disponibles de façon gratuite, les fameux free-to-play. Imaginer un abonnement pour jouer à des jeux, un “Netflix”du jeu vidéo, était une activité assez difficile.

De l’eau à coulé sous les ponts, le monde s’est retrouvé bloqué à la maison avec le Covid-19 et les habitudes de consommation ont évolué, bien aidé par les outils qui étaient alors en place. Les jeux vidéo sont de plus en plus dématérialisés, jusqu’à arriver à des Alan Wake 2 qui choisissent de se passer de sorties en versions physiques. Pour les consommateurs, cela signifie qu’un jeu vidéo n’est plus un objet physique que l’on possède pour toute sa vie mais un fichier numérique, au mieux installé sur notre console ou notre ordinateur, mais parfois même juste accessible sur le cloud.

Le Xbox Game Pass s’est développé dans ce nouveau monde, en prenant son temps. D’abord avec quelques jeux, plutôt des petits trucs et des vieilleries de chez Microsoft. Et puis, petit à petit, Xbox a commencé à y sortir ses plus grosses créations et de plus en plus de jeux tiers y ont négocié leur lancement dès le premier jour. Le prix de l’abonnement a augmenté doucement mais les joueurs sont de plus en plus nombreux à être inscrit, jusqu’à faire du Game Pass le premier pilier de la politique Xbox.

Malgré cela, quelques voix continuent de s’élever contre ce système, arguant que c’est un modèle économique intenable, que ce soit pour les éditeurs tiers qui tentent d’y venir ou pour Microsoft qui aurait créé là un gouffre incapable de mettre correctement en valeur ses propres jeux et donc d’en tirer les bénéfices économiques attendus. Ce serait d’ailleurs la raison sous-jacente aux grosses vagues de licenciements chez Microsoft qui ont coupé Tango Gameworks l’année dernière et The Initiative cette année.

Le premier argument consiste à dire que le Game Pass est un trou financier pour Xbox car il siphonne les ventes de ses propres jeux. C’est tout à fait vrai, le récent Doom the Dark Ages a fait beaucoup moins de ventes que ce qu’on aurait pu attendre sans Game Pass, des millions de joueurs accédant au jeu par leur abonnement. De ce point de vue, cela signifie que lorsque Microsoft sort un jeu, il ne peut plus faire le compte précis de ce que le jeu lui a rapporté en face ; combien de personnes ont pris ou renouvelé un abonnement Game Pass pour un jeu ? Une valeur bien délicate à calculer.

Mais Microsoft ne fait plus ce calcul de la sorte, ou plus tout à fait comme on le faisait par le passé. L’Américain regarde ses coûts généraux et ses gains généraux et dans cette seconde case, le Game Pass lui ramène autour de 5 milliards de dollars à l’année. Si le développement d’un gros jeu coûte autour de 100 millions de dollars, cela signifie que Microsoft peut en développer 50 par an. Il est autour de la grosse dizaine, et pas que sur des gros projets (pensons à Grounded 2 ou Keeper par exemple), les coûts de développement sont donc bien couverts.

Surtout qu’en parallèle, de plus en plus de jeux Xbox sortent chez la concurrence, cette fois-ci avec un paiement habituel. C’était le cas de Doom the Dark Ages, c’est devenu le cas de la licence Forza Horizon ou de Sea of Thieves, et ce sera le cas du nouveau Call of Duty. C’est à un point où Xbox est le premier éditeur de jeux au monde, et le premier éditeur sur PS5 à l’heure actuelle. Toutes ces ventes sont un bonus direct et ne sont pas regardées sur une notion de rentabilité. L’argument financier chez Xbox ne tient donc pas.

Un second argument porte sur les éditeurs tiers qui ne s’y retrouveraient pas, justement à cause de la baisse des ventes lorsqu’un jeu est sur le Game Pass. Il y a plusieurs cas à regarder séparément. D’abord le cas de jeux qui arrivent tardivement sur le Game Pass ; ils ont eu une première vie, souvent des ventes assez décevantes et ils viennent chercher une exposition face à des millions d’abonnés. Une tactique qui a permis de mettre un peu de lumière sur le jeu Les Gardiens de la Galaxie, changeant le narratif qui l’entoure

Il y a ensuite les projets qui choisissent d’arriver sur le Game Pass dès leur lancement, ce qu’ont fait Atomfall et Clair Obscure Expedition 33 cette année. Dans ces cas, on remarque souvent des éditeurs qui se réjouissent de faire face à beaucoup de joueurs, plutôt que de compter le nombre de ventes. La raison, c’est que la présence sur le Game Pass se négocie contre un joli paiement où Microsoft calcul à l’avance une estimation des ventes perdues, estimation plutôt généreuse jusque là. Les éditeurs sont donc très content car ils ont l’argent initial ainsi qu’une grande masse de joueurs qui peut assurer une promotion naturelle de leur produit, et donc continuer à générer de l’argent.

Ce modèle est critiqué par certains car il ne serait pas tenable par Microsoft sur la longueur. Tout d’abord, je n’ai pas en tête de jeux qui serait fortement mécontent de son paiement Game Pass, soit parce qu’il aurait sous-estimé grandement les ventes, soit parce qu’il n’aurait pas permi de rembourser les coûts de développement. Mais surtout, encore une fois, le Game Pass récolte 5 milliards de dollars par an, cela fait un bon paquet de paiements autour de la vingtaine de millions de dollars en moyenne. Le Xbox Game Pass est donc actuellement rentable pour Microsoft et on ne voit pas bien comment il pourrait ne plus l’être dans un avenir proche.

Enfin, il y a le cas des jeux en Game as Service dont de plus en plus s’éloignent du modèle du free-to-play pour revenir à un premier paiement de quelques dizaines d’euros suivi par des micro-transactions dans des season pass ou des boutiques en ligne. Là encore, la présence sur un service d’abonnement ne peut être qu’une bonne chose ; peut-être que le chèque de Microsoft est un peu plus faible mais on se retrouve tout de suite à toucher de nombreux joueurs qui ont l’impression d’essayer le jeu gratuitement, ils sont donc peut-être un peu plus enclin à dépenser un peu de monnaie pour récupérer des éléments cosmétiques.

Il reste le point de vue des joueurs, pour qui l’argument financier n’est pas souvent mis en avant. Cela se comprend, si vous êtes du genre à explorer de nombreux jeux, dans de nombreux genres, avec beaucoup de curiosité, vous êtes gagnants. Le calcul est assez simple à faire en fonction du nombre de jeux que vous faites habituellement dans l’année pour savoir si le système vous est rentable ou non.

Mais il reste l’argument créatif ; comme on peut le voir avec des plateformes comme Netflix, Amazon Prime Video ou Disney + qui industrialisent leurs productions parce que ce qui compte c’est le nombre et la nouveauté, moins la qualité. En réalité, c’est le modèle des studios de cinéma hollywoodiens et de la télévision des 50 dernières années, celui de produire du contenu qui doit d’abord plaire à un public avant d’être créatif. Parfois, au milieu de la quantité, il y a un film ou une série qui sort du lot parce que sa créativité est remerciée par le public. Mais la plupart du temps, on fournit au spectateur un contenu qui ne prend pas trop de risque et qui va l’occuper un moment.

Faire le procès de la créativité au Game Pass n’a donc pas beaucoup de sens. Par le passé, ou chez les concurrent de Microsoft, les constructeurs fabriquaient des jeux à la chaîne simplement pour vous donner une raison d’acheter une console. Avec la massification du marché, des sociétés comme Sony ou Nintendo ont pu réduire leur quantités pour se concentrer sur la qualité, mais ne venez pas dire que toutes leurs créations sont des jeux exceptionnels pour l’histoire du médium. Il y a encore beaucoup de jeux de comblages, qu’on retrouve chez Xbox sur le Game Pass.

Tout cela fait que le Xbox Game Pass n’est pas le grand méchant de l’industrie du jeu vidéo, c’est simplement une évolution dans la façon de consommer, comme il y en a eu avant dans le monde du cinéma. Il restera encore des jeux qui refuseront d’intégrer ces systèmes d’abonnement, à l’image de Baldur’s Gate 3 ; des jeux qui miseront sur eux-même pour garder le plein contrôle de ce qui leur arrive. Pour le reste, on pourrait se retrouver avec une industrie dont les revenus sont plus récurrents et plus réguliers, peut-être un peu moins élevés mais à faire le choix, beaucoup de comptables ne réfléchissent pas.

Il reste le fait que Microsoft a bien licencié en masse, en particulier dans sa division jeu vidéo. Parce qu’il ne faut pas oublier que même si cette division est bien rentable, elle doit tout de même assurer une certaine qualité pour garder une bonne réputation, car c’est cette réputation qui est son vrai gagne-pain. Il y a aussi la préparation à l’avenir avec le remplacement de nombreux employés, par exemple chez King, par des systèmes automatiques pour générer du contenu dans des jeux comme Candy Crush. Alors que certains mettent la lumière sur le Game Pass, il ne faudrait oublier tout ce qui est dans l’ombre médiatique.

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