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    Critique de l'album : The Marshall Mathers LP2 (Eminem)

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Pour un peu, on penserait que non. Eminem est là, actif, toujours aussi bon dans la musicalité de ses textes : il reste sans conteste le roi de l'allitération. Peut-être en utilise-t'il moins dans cet album, mais on sent parfaitement la patte Eminem en l'écoutant. Deux très bonnes surprises s'en dégagent. Tout d'abord, la première chanson, Bad Guy, a le privilège d'un concept intéressant : en effet, il s'agit d'une suite de Stan, sortie sur le premier Marshall Mathers LP, où le frère de Stan - fan d'Eminem et mort en ayant tué sa famille parce qu'il n'avait pas de réponse aux lettre qu'il envoyait à son idole, décide de le venger, et avec lui, tous ceux qu'Eminem a pu critiqué dans ses chansons tout au long de sa carrière (et laissez-moi vous dire qu'ils sont légion). Berzerk, quant à elle, rappelle avec plaisir n'importe quelle chanson des Beastie Boys, avec son flow aigu, son fond à base de guitares saturées et de qualité du son des années 90.

On notera également la performance rhymique de Rap God, où Eminem tient à démontrer qu'il est une mitraillette à mots, un robot du rap (ou, comme il le dit lui-même, un rapbot).
Mais jusqu'à maintenant, j'ai entendu beaucoup de critiques négatives sur cet album... Et j'avoue suivre cette idée. D'abord, pour revenir à Rap God, on a tout de même l'impression qu'Eminem doute de sa crédibilité et de ses aptitudes, puisqu'il s'autoproclame "dieu du rap" (or, n'est-ce pas un signe de doute que d'essayer de rappeler qui mène la barque du rap ?). Ensuite, musicalement, l'album aurait pu être beaucoup mieux fait. Poser son flow sur un sample de rock sudiste comme dans So Far..., ou sur une chanson hippie par excellence - Time Of Season par les Zombies – comme dans Rhyme Or Reason n'est pas une bonne idée : ces styles ne vont absolument pas avec le rap. D'une manière générale, on sent qu'une expérience a voulu être menée dans tout l'album : d'où le mélange, certes Eminemesque, mais trop hétéroclite pour pouvoir s'attacher pleinement au disque et ne pas ressentir une certaine peine à écouter l'album jusqu'au bout. Peine justifiée, puisque Rihanna chante sur The Monster. Pourquoi ? Pourquoi elle ? Eminem a su s'entourer de chanteuses peu connues (donc pas encore perçues comme des dévergondées) pour les (trop nombreux) refrains. Pourquoi avoir appelé Rihanna ? Surtout, pourquoi lui faire faire le même travail que les autres ? Marketing oblige ? Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle certaines chansons telles que Headlights, So Much Better ou Survival sonnent beaucoup plus comme du Rn'B moderne et insupportable que comme du rap.

Marshall Mathers, ou Slim Shady (ou les deux, comme il le laisse comprendre dans Evil Twins) aurait donc tendance à s'épuiser sur cet album, certes très personnel (il parle énormément de sa mère, son père, ses déboires avec sa femme et sa condition en tant que star du rap), mais pas assez bon, à mon sens, pour du Eminem. Où est passé le punch des albums précédents ? Pourquoi remplacer les refrains d'Eminem avec son flow ininterrompu par des refrains énervants à s'en fracasser le crâne contre les murs ? Que s'est-il passé avec le choix des samples ? Où est passé le Eminem d'avant, qui avait la rage de vaincre et qui savait manier l'humour, la haine et la dérision pour en sortir des chansons hors du commun ?

Note > 3/5 : En tout cas, là-dedans, il n'y a vraiment, non, vraiment pas de quoi faire un très bon album. Surtout pas un album digne du dieu (toujours selon Eminem lui-même) du rap.

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