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    Cyberpunk 2077 : Retour sur un lancement scandaleux

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On pensait que l'info majeure de la semaine serait la cérémonie des Game Awards, et ce fut en partie le cas. Sauf que le lancement de Cyberpunk 2077 a tout soufflé sur son passage, et pas forcément pour les bonnes raisons. Quelques jours après tout cela, on se pose un peu pour expliquer tout cela, dans le calme.

On pourrait commencer cet article par rappeler dans le détail tout l'historique du développement de Cyberpunk 207, mais ça nous prendrait un peu trop de place. Le minimum pour comprendre : Cyberpunk 2077 est issu d'un jeu de rôle sur table très populaire, dans un univers futuriste décadent, dans les mains de CD Projekt RED, auréolé par le succès de l'incroyable The Witcher 3, en développement depuis 2012 (au moins), de nombreuses fois mis en pause et au bord de l'annulation avant les quelques dernières années et la montée en gamme du studio polonais. C'est la version la plus courte avant d'arriver à l'année 2020, je vous laisse imaginer la complexité de l'histoire si vus ne la connaissez pas.

La communication devient plus agressive en 2019 pointant vers une sortie début 2020. Puis arrivent les nombreux reports, que l'on a traité toute l'année, avec des explications pas toujours rassurante, notamment sur le gameplay de combat pas satisfaisant. En parallèle, les bruits sur des conditions de travail compliquée au sein du studio se font de plus en plus entendre, et commencent à entacher la réputation d'une société portée à nue en 2015. Le terrain est prêt pour une sortie explosive, avec des fans chauffés à blanc et une partie du public plus méfiante.

Lundi 7 Décembre, 3 jours avant le lancement, l'embargo est levé pour les journalistes qui peuvent publier leurs tests des versions PC, seules versions qu'ils ont reçu avant le lancement. Les notes qui tombent sont globalement bonnes, pas à la hauteur de ce qui pouvait être attendu, de quoi donner envie de lire les tests plus en profondeurs. Et dans ces textes justement, on y trouve beaucoup de critiques assez forte, sur un scénario pas si mature que cela, sur un combat pataud ou une IA aux fraise, quand le RPG n'est pas qualifié dans des termes très glorieux. Il semble y avoir un décalage entre la note chiffrée et la critique écrite, et certains sites, qui ne mettent pas de notes mais des appréciations, se permettent d'avoir un commentaire final plus dur sur le jeu.

Tout ceci va mener à une première fronde des fans, toujours avant le lancement et avant qu'ils aient pu avoir le jeu entre les mains pour se faire une opinion. Ces fans se sont mis à défendre bec et ongle un jeu qu'ils n'avaient pu tester eux-même contre un soit-disant système qui aurait pénaliser le produit pour dénoncer les pratiques managériales. Tout ceci est très largement expliqué dans un bel et long article de Kotaku (à retrouver ici en VO) dans une affaire qui fait terriblement penser à ce qui a pu se passer autour de The Last of Us 2 plus tôt dans l'année.

Sauf que l'histoire ne s'est pas arrêtée là et que le lancement du jeu a inversé la tendance, plongeant le public dans un terrible clivage (là encore, on a l'impression de revivre l'affaire The Last of Us 2). Les versions PS4 et Xbox ONE du jeu sont tout simplement injouables, bourrées de bugs et de problèmes techniques (baisse de framerate, clipping, chargement visible de texture, faible nombre de PNJ, etc.). On peut d'ailleurs saluer la presse française spécialisée qui s'est très vite mobilisé pour dénoncer cela et éviter de grosses déceptions aux joueurs, Jeuxvideo.com et Gamekult en tête.

Est venue alors un nouveau casse-tête, que faire de ces notes qui ne représentent déjà pas forcément le jeu, mais qui ne rendent pas du tout compte du produit sur les consoles les plus populaires du marché à l'heure actuelle. Et surtout, en face, le studio CD Projekt RED ne répond pas et se pavane de chiffres de ventes exceptionnels (on en parlait ici) pendant que plusieurs joueurs découvrent le poteau rose. Commence alors en ligne un affrontement entre les défenseurs du projet, qui justifient l'injustifiable simplement parce qu'ils se persuadent que leur amour pour ce projet n'était pas vain, et les détracteur du jeu, qui en profitent pour tirer sur tous le monde en même temps, des développeurs aux journalistes qui seraient corrompus, en passant par les influenceurs de tous horizons, dégoutés d'avoir attendu en vain et avec tant de ferveur un messie qui s'avère être un imposteur.

Au milieu, il y a les employés de CD Projekt RED, qui ont littéralement travaillé jour et nuit sous le régime du crunch obligatoire, après des mois d'un crunch "normal" déjà éprouvant, et qui ont fait de leur mieux pour rendre le meilleur jeu possible en fonctions des ordres qu'ils recevaient. Ils ne sont ni responsable du scénario moyen, ni de l'action moyenne, ni de l'attente des joueurs, ni de la communication et encore moins des bugs causés par un projet très ambitieux mal dirigés. On apprend d'ailleurs aujourd'hui qu'une prime exceptionnelle était fixée en fonction du score obtenu sur l'agrégateur Metacritic. Cette prime vient de changer de status et sera distribuée à tous les employés quelques soient les résultats critiques du jeu, une bonne chose qui évitera un scandale de plus.

La conclusion de tout cela, quelques jours seulement après le lancement du jeu donc encore au milieu du brasier, est que nous devons, en tant que joueur, apprendre de cette histoire. Il serait de bon ton de se calmer, de relativiser et d'être plus honnête avec soi-même. Un avis sur un jeu est plus complexe qu'une simple note, notre avis personnel peut différer de celui de la masse, et la communication faite par un studio a toute les chances d'être en partie mensongère. Rien ne sert de se précipiter sur un produit le jour de sa sortie, ni même de s'en faire un avis tranché avant de l'avoir vu en version finale. En clair, revenons à la raison, discutons de jeu vidéo et acceptons les différence de point de vue. Et rappelons-nous que chacun est libre de jouer et d'apprécier ce qu'il veut.

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