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    Mois-Sonneur #69 : La fin d'une ère ?

  • Mois-Sonneur
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Les temps sont durs pour Activision, Electronic Arts et Ubisoft. Du coup, ils sont au centre du Mois-Sonneur cette fois-ci, au milieu du meilleur de l'actualité du mois d'Octobre 2019. Comme toujours, n'hésitez pas à commenter et à partager et retrouvez sous la vidéo le billet un peu plus long sur la question du mois.

Le monstre à trois tête vacille

Depuis la fermeture de THQ en 2013, l’industrie du jeu vidéo semblait avoir passé le pire, la tempête des fermetures en rafale semblaient passée et tout était revenu à sa place. Cela veut surtout dire que les trois plus grosses entreprise de l’industrie, à cette place depuis la fin des années 2010 incontestablement, avaient ramené le calme, avec des jeux à gros budgets et grosse publicité tous les ans, comme pour donner un cap que tout le monde peut suivre comme qualité de base du moment.

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, ce trio qui porte toute l’industrie à coup de grosses ventes et de brassage d’argent (oui, il est assez peu question de créatif et d’art ici) est composé des éditeurs Activision, Electronic Arts et Ubisoft, du plus riche/puissant au moins fortuné, de ce trio. Pour la petite histoire, ces entreprises ont toutes commencées dans les années 80, comme de petits artisans, amoureux du média qui ont travaillé dans des petits locaux non chauffés entre amis. Cette situation est bien loin aujourd’hui.

Toujours pour les personnes qui ne seraient pas au courant de tous les recoins et fonctionnement du monde du jeu vidéo, Activision, Electronic Arts et Ubisoft sont des hypers studios, où le moindre projet nécessite plusieurs centaines de millions de dollars et plusieurs centaines voir milliers d’employés. Et le tout soutenu par une communication agressive, avec des vidéos en live action, des acteurs connus pour les publicités télévisées, des graphismes impressionnant ou encore une présence spectaculaire sur les salons et les réseaux sociaux.

Sauf que la situation a un peu évoluée ces derniers temps, au point que l’hégémonie de ce trio soit remise en question. Dans les faits, les ventes de Call of Duty ont doucement baissé d’année en année et Blizzard s’est fait attaqué par ses fans, que ce soit pour un nouveau Diablo sur smartphone ou pour des prises de positions étonnantes sur le conflit entre la Chine et Hong Kong ; voilà pour Activision. Du côté d’Electronic Arts, on a un enchaînement terrible entre Mass Effect Andromeda, le scandale des loot boxs de Star Wars Battlefront, la fermeture de Visceral Games et l’annulation de plusieurs projets importants, conduisant le studio a annoncé des revenus décevants pour l’année 2018, avec aucune amélioration significative en 2019. Et enfin, Ubisoft vient tout juste d’annoncer un trou d’air financier causé par les mauvaises ventes de The Division 2 et surtout Ghost Recon Breakpoint, qui viennent confirmer une suite d’idées assez moisies sur les 2-3 dernières années, en étant sympa.

On se retrouve donc en cette fin d’année 2019 avec les 3 plus gros studio du jeu vidéo qui traversent une petite crise économique, presque en même temps. De là à remettre leur statut en cause ? Il y a là un pas important et il convient de se poser un peu sur la situation de l’ensemble du marché à commencer par les concurrents qui pourraient venir piquer la place.

Un quatuor d’entreprise se détache en chasse du podium : Bethesda, Square Enix, Bandai Namco et Take Two. Commençons par Bethesda, le plus rapide à analyser sur cette question puisque l’échec de Fallout 76 (échec toujours en cours avec le lancement du pass premium) a enterré toute les chances de l’entreprise sur le court à moyen terme. La situation est un peu pareil pour Square Enix qui voudrait très fortement grandir mais qui peine à trouver son étendard (et ce ne sera surement pas Marvel’s Avengers). Bandai Namco, c’est l’outsider qui monte doucement mais à qui il manque une force de développement pérenne pour encore progresser.

Le plus grand danger au chambardement du trio s’appelle donc Take-Two. Et pour être complètement complet, certains parlent déjà de big four depuis quelques temps, tant l’éditeur américain s’approche des hauteurs de façon très forte tout en se détacher vraiment de la masse en dessous de lui, depuis plusieurs années déjà. Il faut dire qu’avoir GTA 5 et son mode en ligne dans sa manche, en plus de bonnes licences comme Borderlands ou NBA 2K, cela aide à se faire de l’argent. Malgré tout, il existe un vrai écart avec Ubisoft, souvent considéré comme le plus faible du trio de tête, qui s’explique par des choix politiques sur les moyens de production.

Depuis le début des années 2010, Activision, Electronic Arts et Ubisoft ont développée leur propre vision du jeu vidéo, fait de développements courts, en mutualisant les moteurs de jeux et les idées de gameplay, menant jusqu’au concept de “game as service” d’un jeu que l’on traîne sur plusieurs années en abreuvant les fans de DLC payants. Cette façon de faire a amené le trio vers les sommets, avant de le faire chuter récemment. La qualité de sortie est devenue de plus en plus mauvaise, logique quand on fragmente le développement entre plusieurs unités qui n’ont pas de cohérence entre elles, qu’on force l’utilisation de technologie inadaptée et qu’on met l’ultra majorité du budget sur la promotion du jeu.

Sauf que cette méthode de production est aussi celle qui leur permet de traverser la tempête actuelle sans chavirer. On a d’ailleurs vu que les annonces ont été plutôt frileuses, proposant quelques ajustements sur les gros noms bien connus. C’est ainsi que Call of Duty évolue un peu, que Blizzard propose un Diablo 4 et un Overwatch 2 à moindre prix, qu’Ubisoft s’offre un peu de temps pour Watch Dogs et qu’Electronic Arts fait de même avec Battlefield. Même si ces annonces ont attirées quelques critiques légitimes, elles semblent avoir rassurées la base de fans ce qui limitera la casse quoi qu’il arrive.

Vous l’avez compris, je pense que l’on est loin d’avoir vaincu le monstre à trois têtes. La question n’est d’ailleurs pas là de savoir s’il faut que ce monstre tombe, ou ce qu’il produira de sa défaite, ce qui fera un autre sujet pour une autre fois. De toute façon, il reste du temps avant de les voir tomber et même de les voir se remettre en question grandement, car la marge de manoeuvre sur la concurrence est immense. En réalité, la seule chose qui pourrait tout bousculer est la présence de monstres chinois derrières ces éditeurs bien connus. Tencent et NetEase ont déjà des billes bien placées et tirent en partie les cordes (n’est pas Blizzard), on ne serait pas surpris de les voir encore plus sur le devant de la scène.

La question de l’avenir sera donc de savoir s’il faudra critiquer les choix et méthodes d’Activision, d’Electronic Arts et d’Ubisoft, ou de Tencent et de NetEase. Quoi qu’il arrive on continuera de ronchonner contre les grandes entreprises qui n’utilisent pas leur puissance pour soutenir des projets innovants.

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