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    Mois-Sonneur #66 : Est-ce trop sérieux ?

  • Mois-Sonneur
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Nouveau mois écoulé, nouveau Mois-Sonneur en approche. On le sait tous, le mois de Juillet, piégé entre l'E3 et la Gamescom, est loin d'être le plus palpitant dans l'industrie du jeu vidéo. Tout ceci ne m’empêche pas de vous proposer un Mois-Sonneur et de vous faire un petit bilan de la génération de la PS4et la Xbox ONE. Parce que, personnellement, j'ai l'impression que les jeux d'aujourd'hui sont un peu trop sérieux, un peu trop lourd. Je vous en parle donc ci-dessous plus en détail.

Pourquoi cet air si sérieux ?

Puisque Microsoft a ouvert en grand la porte de la nouvelle génération de console en parlant publiquement de son Project Scarlet lors de l’E3 2019, on peut tranquillement commencer les bilans de la génération des PS4 et Xbox ONE (et oui, ça me fait aussi bizarre à moi de parler de bilan d’une génération quand on voit ce que les machines ont encore dans le ventre).

On va balayer tout de suite les commentaires du genre “oui, cette génération c’était à moitié de la remasterisation du passé” ; il est vrai que nous avons eu droit à beaucoup de redites, plus ou moins inspirées, mais c’est loin d’être la majorité de ce qui nous a été proposé. De tête et à froid, on peut citer The Witcher 3, God of War, Horizon Zero Dawn, Dying Light, Spider-Man, Halo 5, Metal Gear Solid 5 ou encore Nier Automata et Metro Exodus, voilà pour les jeux grand public qui ont marqué la génération (la liste est non exhaustive puisqu’on peut rajouter Red Dead Redemption 2 par exemple). Beaucoup de ces jeux sont des suites et très peu de nouvelles licences ont été proposées, on peut être d’accord. Mais ce n’est pas sur ce point que je voudrais faire mon bilan aujourd’hui, même si c’est un constat qui va m servir plus tard.

L’élément qui relie une grande majorité de ces jeux à gros budget sur la génération actuelle reste leur côté très sérieux. Je parle ici du scénario et de l’ambiance, pas forcément du sérieux des développeurs dans leur travail. On a l’impression que tous les jeux sont comme devenus “adultes” ou “mature”, l’un des meilleurs exemple est sans doute God of War où Kratos est devenu père de famille et agit avec une rage froide et contenue. De l’autre côté, essayer de compter les gros jeux au look décalé, au scénario plus amusant et moins lourd. De tête, on va citer Overwatch, Borderlands 3 qui arrive prochainement (à confirmer que le côté débridé du jeu soit conservé) ou Sunset Overdrive, qui font plus office d’intrus que de réels porte-étendards.

Le constat s’amplifie quand on regarde les création et la communication des 3 plus gros éditeurs du marché, à savoir Activision, Electronic Arts et Ubisoft. Fini les Rayman au look détendu, même un Anthem se prend très au sérieux quand Call of Duty nous communique sur ses bottes dans la boue et la sensation de réalisme froid depuis quelques épisodes. En face, le genre du Battle Royale a explosé, avec son look souvent coloré, ses parties rapides et surtout son ambiance légère, Fortnite en tête mais PUBG ou Apex Legends aussi, pour ne citer qu’eux. Et ce nouveau genre léger est globalement mal vu par les autres joueurs ; c’est même plutôt vu comme un phénomène pour enfant, parfois avec des commentaires affichant un certain dédain.

On peut le dire, le jeu vidéo est devenu sérieux. Trop sérieux ? Oui, c’est mon point de vue personnel. Attention, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, j’adore les jeux “sérieux”, avec une scénario évolué, une ambiance de fou et qui vous laisse des questions plein la tête une fois la console éteinte. Mais j’aime aussi couper cela par des jeux plus simple, où il faut aller sauver la princesse des méchants, et où parfois le scénario se révèle même intéressant sur la fin par un twist qu’on n’avait pas vu. Mais toute l’aventure s’est faite détendu, avec quelques tranches de rires sur un personnage bariolé, un dialogue qui n’a pas de sens ou un gameplay juste cool.

Aujourd’hui, c’est devenue la norme de proposer une aventure très réaliste et très pesante pendant 30, 40, 50 ou 100 heures, avec des choix moraux durs et des séquences qui sont loin d’amener la joie. Pour s’en échapper, il faut se tourner vers le monde de l’indépendant, les productions Devolver Digital en tête, pour trouver des jeux simples, sans prises de tête et qui détendent. Ou alors faire un tour chez Nintendo qui propose avec sa Switch des expériences plus détente, Mario Odyssey et Zelda Breath of the Wild en étant les meilleurs représentants.

Une fois le constat posé, il convient de se demander comment on en est arrivé là, pourquoi et qu’est ce que cela peut nous dire sur le future. Tout d’abord, le jeu vidéo est devenu ces dernières années un produit culturel et artistique enfin reconnu par une partie du grand public. Cela passe forcément par des œuvres plus mature, comme ce fut le cas pour les autres types d’art avant, le cinéma ou la bande dessinée récemment. Le jeu vidéo s’est sorti des polémiques idiotes sur sa violence en devenant plus sérieux, et cela lui sert à toucher un plus grand public ce qui forme un genre de cercle vertueux.

Parce qu’on ne va pas se mentir, c’est bien l’argent qui gouverne d’abord tout cela, avant la volonté créative. Il est vrai que les créateurs d’aujourd’hui sont plus vieux, ont plus d’expérience et ont forcément envie de raconter des histoires plus complexes. Il est aussi vrai que le contexte politique, social et sociétal du monde en 2019 amène plutôt les gens à dénoncer tout un tas de choses pas forcément très amusantes par défaut. Tout cela conduit donc forcément à des jeux plus politiques et moins enjoués. Mais c’est parce que cela a du succès que cela s’est autant répandu chez les gros budgets.

Et si cela se vend bien, c’est parce que les joueurs d’aujourd’hui sont pour beaucoup les joueurs d’il y a 20-25 ans, avec 20 ou 25 ans de plus. Le jeu vidéo a touché l’ensemble d’une génération à partir de 1985 en Europe, date de l’arrivée de la NES. De nombreuses personnes ont découvert ce média dans leur jeunesse, sur des jeux qui étaient alors en accord avec leur jeune âge. Les ambiances étaient colorées, les gameplays étaient joyeux et relativement peu de jeux proposaient des scénarios complexes et sombres. On peut penser aux Final Fantasy, une des première série à proposer des scénarios complexes à chaque épisode, qui offraient pourtant un ressenti beaucoup moins lourd que le Final Fantasy 15 sorti récemment. Ces joueurs ont vieilli mais sont restés des consommateurs. Ils sont devenus adultes et ont forcément envie de jouer à des jeux plus mature. Et le marché leur offre ce qu’ils veulent, parce que c’est ce qui permet de gagner de l’argent.

Sauf qu’on est arrivée à un genre de saturation et qu’on aimerait bien avoir de temps en temps un blockbuster un peu débile à l’ambiance légère (aujourd’hui, les blockbusters un peu débiles sont plutôt eux aussi lourd). On peut espérer que le jeu vidéo ne soit en fait qu’à un étape de sa construction. Le cinéma est lui-même passé par toutes ces étapes, la technologie montant d’un côté et le créatif se structurant en face. Avec cette génération de console, nous avons atteint un état technologique incroyable, et nous n’avons pas réellement besoin de beaucoup de puissance de calcul supplémentaires. Les créatifs ont montré qu’ils étaient capable de prendre un air sérieux sur l’ensemble de titres nécessitant de gros moyens et tout le monde l’a reconnu. Il est temps que le jeu vidéo s’affirme tout seul, sans avoir besoin du regard du grand public. Cela permettra de ramener de la diversité dans les sujets abordés, ainsi que dans la manière de les aborder. Et le changement de génération peut être le symbole nécessaire pour que ce processus intervienne. Seul l’avenir nous le dira.

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