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    Mois-Sonneur 52 : Quel est l'impact du Battle Royale ?

  • Mois-Sonneur
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Dans le Mois-Sonneur cette fois-ci, retour sur le mois d'Avril 2018, plutôt calme il faut le dire. Dans la question du mois, nous nous intéressons au phénomène des Battle Royales. Si vous voulez aller plus loin que la vidéo, un petit billet de réflexion vous attend en dessous. N'hésitez pas à commenter cet article pour donner votre avis sur la question.

En quelques semaines, le jeu vidéo s’est fait un nouveau Roi. Enfin, deux nouveaux Rois successifs qui ont tous les deux tout bousculé sur leur passage, même les certitudes les plus tenaces. Le point commun de ces deux trublions : ils ont tout les deux lancé le genre du Battle Royale.

Il y a tout d’abord eu PlayerUnknonwn’s Battleground, ou PUBG pour aller plus vite. Arrivé de nul part, d’un studio inconnu, en accès anticipé donc bourré de bugs habituels des jeux dans ce cas, il lui aura fallu 6 mois pour renverser le monde du PC. Au revoir les vieux records de joueurs consécutifs sur Dota 2, au revoir aussi la suprématie des jeux en e-sport en tête de Twitch. Le jeu au centre de toutes les discussions, celui qui a gratté 20 millions de joueurs, c’est un projet simple, basé sur le principe du Battle Royale, du nom du livre/manga/film qui a marqué pas mal d’esprits.

On met 100 personnes ensembles sur une carte, ils doivent trouver leurs armes sur le terrain, le dernier survivant a gagné et la zone de jeu se rétrécit au fur et à mesure. C’est tout. Enfin, presque puisque l’élément qui rend tout cela intéressant, c’est le placement aléatoire des armes à chaque partie ainsi que le point de départ toujours différents. Ces éléments de gameplay sont bien connus depuis longtemps, mais personne n’avait osé les assembler.

En réalité, PUBG est bien un jeu de son temps, malgré ses qualités techniques bien en dessous de la moyenne. Imaginer un jeu à 100 joueurs humains simultanés, avec une génération aléatoire d’une partie du contenu du jeu, il y a 10 ans, ce serait passé pour de la folie. Aujourd’hui, le multijoueur est commun, la génération procédurale aussi. Le public a évolué avec les technologies et le jeu est arrivé au bon endroit au bon moment.

Et puis sur cela est arrivé Fortnite. Enfin, au début, Fortnite était un jeu de coopération face à des vagues d’ennemis avec un système pour récupérer des ressources et construire son propre abri. Lui aussi d’ailleurs, un jeu de sa génération. Mais le succès n’a été que moyennement au rendez-vous et Epic Games a tenté le coup. Après tout, faire un Battle Royale, ce n’est pas si risqué. Il suffit de générer une carte, ce que des moteurs comme l’Unreal Engine peuvent quasiment faire tout seul aujourd’hui, puis on ajoute des personnages dessus avec un gameplay de tir, là aussi des choses déjà connus des développeurs, dès l’école.

Et voilà qu’en à peine 2 mois de travail, le mode Battle Royale était sorti de terre. Une mise en ligne gratuite plus tard, le jeu est un succès hors du commun, renversant le nouveau Roi PUBG et agissant comme un raz-de-marré sur l’ensemble de l’industrie. Les sportifs reprennent les mouvements du jeu pour leurs célébrations, les médias grand public en font un bout de commentaire maladroit et Epic Game récupère des millions d’euros. C’est d’ailleurs ce dernier point qui a fait réagir toute l’industrie.

Car, non-content d’être le jeu le plus regardé sur Youtube et Twitch, Fortnite ramène des centaines de millions de dollars chaque mois grâce à son système de microtransactions. Le jeu est gratuit mais ses nouveaux costumes vous coûteront une poignée d’euros. Et ces costumes qui ne servent à rien dans le gameplay sont renouvelés chaque jour, vos donnant l’occasion de vous délester de quelques pièces toutes les 24 heures.

Forcément, une partie de l’industrie s’est dit que le gâteau était assez gros pour en prendre un part. Et comme ce genre de jeu est très facile à faire, nous avons vu pulluler des projets de Battle Royale de toutes sortes. Tout le monde essaye de se démarquer de la concurrence, avec un style rétro pour Radical Heights, avec plus de joueurs pour Maverick Proving Grounds, ou en associant les genres. On a ainsi entendu parler de Battle Royale RPG, de Battle Royale Dark Souls, de Battle Royale Bioshock, etc.

Le bruit est tellement fort qu’on a demandé à Take Two s’il y aurait un mode Battle Royale dans le prochain Red Dead Redemption 2. On a même entendu des rumeurs autour des géants Call of Duty ou Battlefield pour leur itération annuelle. Pour le moment, le genre du Battle Royale est considéré comme un mode à part sur ces jeux, comme le mode “roi de la colline” ou “team deathmatch”. On peut tout de même se demander si le genre ne peut pas prétendre à plus, et devenir le nouveau mètre étalon du jeu vidéo, comme l’ont été avant lui les Shoot ‘em up, les Beat ‘em up, les jeux de plateforme en 2D ou encore les FPS, jusqu’aux FPS multijoueurs compétitifs lancés de nul part par Call of Duty Modern Warfare.

En fait, peut-être qu’avec Fortnite, nous avons en face de nous le nouveau Doom. En son temps, Doom n’était pas le premier jeu à la première personne. Ce n’était même pas le premier FPS, devancé de quelques mois dans l’Histoire par Wolfenstein 3D. Pourtant, c’est lui qui a lancé le genre du FPS, devenant une référence au point que le genre était d’abord appelé Doom-like. Lui aussi a eu les faveurs des médias généralistes qui ne le comprenaient pas. Et pour lui aussi, on ne voyait pas bien la profondeur d’un tel gameplay.

Lorsque Doom sort, impossible d’imaginer Half Life, Halo puis Call of Duty Modern Warfare, qui seront les grandes évolutions, parmi d’autres, du genre. Et comme Fortnite, beaucoup de projets ont tenté de copier Doom après sa sortie, avec des développements très courts et des jeux de piètre qualité. Et pourtant, le jeu a fait date et école, jusqu’à être le grand-père du genre tout puissant qu’est le FPS aujourd’hui.

En face de Doom, on pourra opposer le genre des jeux de survie qui sont arrivés au début des années 2010. Dans la suite de I Am Alive, mais surtout Minecraft, des quantités de projets de survie en milieu hostile ont débarqué. Souvenez-vous de The Forest qui avait inondé les plateformes Youtube et Twitch lors de sa pré-alpha. Là aussi, on avait un genre facile à faire, un public demandeur et quelques porte-étendards de renom. Sauf que le genre s’est crashé à cause du grand nombre de projets vraiment médiocres et surtout parce que la communauté des vidéastes est passée à autre chose.

Et c’est là qu’arrive, selon moi, la limitation du genre des Battle Royales. Ils sont portés par Youtube et Twitch, ils seront aussi détruits par ces plateformes. Quand le public sera lassé, qu’un nouveau projet amusant pointera le bout de son nez, tout le monde changera sans sourciller. Le genre a des atouts, c’est une certitude. Il peut aussi évoluer, avec un système de crafting plus poussé que ce que propose Fortnite à leur actuelle. On peut aussi imaginer un Battle Royale avec carte entièrement procédurale pour ne pas donner de repères aux joueurs ou encore des Battle Royales en solo, plus tourné vers la survie à long terme façon Hunger Games, avec des intelligences artificielles très perfectionnées.

Oui, le Battle Royale a du potentiel pour exister en tant que tel. Mais il repose aujourd’hui sur le virtuel des vues d’internet. Ce qui est sûr, c’est qu’il a déjà fait sa place dans l’Histoire du jeu-vidéo et qu’il sera certainement un mode de jeux que l’on retrouvera régulièrement, comme le mode Zombie d’un Call of. Mais je ne crois pas que, dans plus d’un an, il y ait encore des jeux qui ne soient que du Battle Royale, ou en tout cas pas sur le devant de la scène.

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