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    Mois-Sonneur #97 : Révolution pour les jeux de sport ?

  • Mois-Sonneur
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Le mois de Mai 2022 a été plutôt calme dans le monde du jeu vidéo, même si on ne s'est pas ennuyés. Rachat de Crystal Dynamics et d'Eidos, pleins de petites annonces sympas et le séisme de Fifa qui continuera sans Electronic Arts, et vice-versa. L'occasion de se poser plus longuement sur ce qu'il se passe dans le monde habituellement très calme des jeux de sport. Comme toujours, n'hésitez pas à vous exprimer en commentaire et à partager autour de vous.

Shorts virtuels, argent réel

Le monde du jeu vidéo est un immense bazar dans lequel on ne compte que quelques points fixes qui permettent de se poser sur des acquis solides, de donner des habitudes : la moindre communication de Rockstar Games créé un raz-de-marée, les RPG de Bethesda sont pleins de bugs, Call of Duty sort un épisode par an sans en faire lourd et les jeux de sports sont renouvelés tous les ans à coup de mises à jour à 70 euros qui sont moqués par une partie des suiveurs mais qui restent parmi les plus grosses ventes pour leurs éditeurs. Ce dernier pilier pourrait bien être sur le point de disparaître.

Si vous suivez l’actualité du monde du jeu vidéo de façon assidue, vous savez que cela fait quelques mois que la licence Fifa est rediscutée entre les instances dirigeant le football à l'échelle mondiale et l’éditeur Electronic Arts. D’un côté, la Fifa demande une rémunération à la hauteur de ce que représente le business du foot virtuel et de l’autre, EA souhaite ne pas trop entamer ses immenses gains qui lui permettent de rester à flot, surtout ces dernières années.

Les discussions ont abouti sur une scission entre les deux parties, un séisme qu’on pensait tous impossible après 30 ans de partenariat et qui s’est donc résolu pour quelques millions d’euros. Chacun continuera de son côté, l’éditeur américain créant EA Sport FC pendant que la Fifa continuera d'opérer les jeux Fifa, les deux parties évoquant même de nouveaux projets, soit plus arcade, soit plus simulation. Big Bang dans le monde du jeu de football, l’hégémonie de Fifa vient d’exploser et l’avenir est plus que jamais incertain.

Sauf qu’il en faut plus pour créer une vraie révolution et plutôt que d’être une situation initiatrice, cette remise en cause de Fifa doit plus être considérée comme un symptôme de l’évolution du marché des jeux de sport. Une évolution qui s’apparente à une petite révolution dans un marché qui est bien établi depuis de très nombreuses années, et qui a commencé il y a quelques mois déjà, une révolution qui ne fait que suivre le mouvement de toute l'industrie du jeu vidéo, un peu en retard.

Depuis le milieu des années 2010, le monde du jeu vidéo est entré dans l’ère des Game as Service, notamment pour les jeux qui sont avant tout des divertissements arcade avec une grosse composante en multijoueur. Dans la foulée de Destiny ou Rainbow Six Siege, un jeu comme Fortnite à montré qu’on pouvait tout écraser en étant accessible gratuitement, juste en proposant des mises à jours très régulières et quelques éléments payants. Beaucoup s’y sont mis créant une coupure avec les jeux “solo”, qui restent eux sur un modèle classique d’achat sec au prix fort.

Au milieu de tout cela, les jeux de sports proposaient de plus en plus de modes s’inspirant du Game as Service, avec un petit mélange de Loot Boxes, tout en conservant un modèle économique de la vente au prix fort, et tous les ans, avec des modifications très mineures dans le gameplay et la technique graphique. Un modèle qu’on pouvait, et qu’on peut toujours, critiquer mais qui s’est avéré extrêmement lucratif, les fans continuant de suivre et de payer, même en râlant. Aucune raison de prendre des risques et donc de tenter un changement pour les personnes aux commandes.

Et puis, il y a eu la pandémie de Covid-19, tout le monde chez soi et les habitudes de consommation qui évoluent sur tous les points, y compris dans le monde du jeu vidéo où le dématérialisé et le numérique ont pris leur envol. Le public des jeux de sport continue de suivre les vieilleries mais c’est maintenant beaucoup plus simple de tenter une transition vers un modèle qui est maintenant considéré comme une norme. 

Konami a été le premier à franchir le pas en transformant PES en eFootball, une plateforme free-to-play qui a pour vocation d’être mise à jour très régulièrement. Dans la même veine, le projet UFL est en travail depuis quelques années, comme quoi même des indépendants avaient senti le vent tourner depuis un moment. Dans ce milieu du football, il faudra donc à Fifa et EA Sports FC une nouvelle place, qui se fera dans une nouvelle approche du marché. Garder le vieux modèle pourrait bien être très décrié, même par les fans de longue date.

Mais le monde des jeux de football n’est pas le monde du jeu de sport et si la révolution est beaucoup plus globale, c’est parce que les grands noms ont eux aussi changé leurs positions, en allant même directement sur les systèmes à abonnement avec le Xbox Game Pass. J’ai en tête le jeu de basket NBA 2K et le jeu de baseball MLB The Show, tous les deux seul sur leur planète et qui ont tous les deux choisi d’aller tester le nouveau marché de Microsoft. Le résultat est une ouverture à un nouveau public qui dépense derrière quelques euros en cosmétiques, un modèle très rentable.

Ce nouveau modèle, c’est celui de Fortnite, qu’on retrouve aussi chez Call of Duty Warzone, Apex Legends, Rocket League, Knockout City ou très récemment Roller Champions. Du Game as Service mention free-to-play, un genre qui semble convenir à des jeux de divertissement qu’on prend plus ou moins tous pour passer un quart d’heure. Et pour beaucoup, c’est ce que sont devenus les jeux de sports, avec des modes solos de plus en plus délaissés. Voir le monde du jeu de sport quitter sa sortie payante au prix fort tous les ans n’est donc que le marqueur du nouveau monde qui s’ouvre pour l’industrie du jeu vidéo. Et soyez-en sûr, ce nouveau modèle est très lucratif, avec des gains beaucoup plus importants, de façon continue, et un coût de développement réduit. Pour les fans de modes carrières, gardez vos anciens jeux, vous n’en aurez peut-être plus de nouveaux, vous n’êtes plus assez rentable.

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