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    Mois-Sonneur #96 : Reverra-t-on l'E3 ?

  • Mois-Sonneur
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Le mois d'Avril a été plutôt calme dans le monde du jeu vidéo mais ce n'est pas une raison pour sauter le Mois-Sonneur. On en profite pour discuter de l'E3 quine sera pas là mais qui devrait revenir en 2023. Mais va-t-il vraiment revenir ? Et est-ce une bonne chose qu'il disparaisse ? On discute de tout ça, et un peu plus, dans le billet ci-dessous. Comme toujours, n'hésitez pas à commenter et à partager.

C’était mieux avant … ?

Dans le monde du jeu vidéo, il existe quelques habitudes, des traditions qui rassemblent tous les gamers ou presque, parmi lesquels l’E3, le plus grand salon du jeu vidéo, qui se tient sur une semaine début Juin tous les ans. Un salon que l’on adore attendre autant qu’on adore le critiquer, qu’on décortique autant en débat. Mais pas cette année car, en 2022, les traditions changent, une fois de plus, avec le spectre de la pandémie de Covid-19 en fond.

Sauf que cette fois, c’est peut-être différent. En 2020, le Covid-19 était tombé sur le tiers de la population mondiale, bloquant tout le monde chez soi et imposant sa loi ainsi que l’annulation de tous les salons du jeu vidéo dont l’E3. En 2021, la situation mondiale s’était améliorée mais pas suffisamment pour ouvrir les portes d’un rassemblement international, l’E3 avait alors improvisé une édition en ligne assez maladroite mais après tout, il faut bien commencer quelque part. En 2022, même si la situation n’est pas revenue à la normale, le monde semble reprendre sa marche et plusieurs salon du jeu vidéo, la Gamescom en tête, ont indiqué vouloir revenir à la vie d’avant. Pas l’E3, qui est passé d’une édition entièrement en ligne à une annulation pure et simple avec prise de rendez-vous pour 2023.

Cette annonce d’annulation était inattendue pour le public, pas pour les journalistes insiders stars qui prennent de plus en de place dans la communication du monde du jeu vidéo. Ils se sont d’ailleurs ouvertement amusés de la situation étant les premier à enterrer le rassemblement californien pour de bon pendant que leur ami Geoff Keighley annonçait le retour de son opération Summer Game Fest. Une scène étonnante sur les réseaux sociaux qui en a amené plus d’un à prédire la fin définitive de l’E3.

Comment en est-on arrivé à un tel désaveux, en public, pour le plus grand rassemblement du jeu vidéo ? Cela tient plus de la pique à l’égo de certains qui ne supportent pas que le salon se préparent sans eux, plus tourné vers le public et les influenceurs. Mais il y a sûrement un juste milieu à trouver dans cette histoire, avec une organisation incluant les médias pour redonner de la place aux présentations privées et aux interviews des développeurs tout en permettant au public d’accéder plus directement au contenu prêt à consommer.

Surtout, certains avancent que ce principe de rassemblement limité et coûteux n’est plus en adéquation avec les méthodes de communication actuelles où chacun s’offre son “Nintendo Direct”, une initiative lancée il y a une dizaine d’année par Nintendo qui souhaitait déjà avoir plus de liberté qu’une conférence en direct sur scène. Maintenant, tous les éditeurs communiquent quand ils le souhaitent avec des vidéos bien montées en évitant les moments gênants d’une présentation en direct. Et le résultat est le même, les joueurs ont les infos importantes sur les jeux à venir.

Sauf que non, le résultat n’est pas le même car l’E3, de par son organisation et sa forme, offre plus que quelques infos sur des jeux. D’ailleurs, cela s’observe très bien dans les scores d’audience que pouvait faire l’E3, aussi bien en trafic sur les sites qu’en mentions et en vues sur les réseaux sociaux. aucun Playstation Showcase ou autre Ubisoft Connect ne réalise de score similaire, et seules des initiatives comme la conférence de lancement de la Gamescom ou la cérémonie des Game Awards atteignent des niveaux comparables, là encore des rendez-vous traditionnels bien identifiés par le public, par tout le public.

Car l’E3, c’est aussi cela, un évènement qui touche toute la communauté des joueurs, même ceux qui ne suivent l’actualité que de loin. Tout le monde sait que, sur une semaine, on est sûr d’avoir les grosses informations de l’industrie, que ce soit sur les nouvelles consoles, les nouvelles technologies ou les prochains gros jeux. Tout en étant un baromètre des mois à venir (souvenez-vous de l’E3 décevant de 2019 qui a annoncé les années 2019, 2020 et 2021 plutôt molles).

Sans E3, cela impose à tout un chacun de se tenir au courant au quotidien pour être sûr de ne pas rater une présentation annoncée 48 heures à l’avance. Il est vrai que les moyens de communications sont différents de nos jours mais tous les joueurs, pour ne pas dire l’écrasante majorité de joueurs, ne sont pas sous perfusion d’information venant de l’industrie du jeu vidéo. Ce qu’il se passe, c’est qu’ils passent bien souvent à côté des annonces et des vidéos qu’ils finissent parfois par découvrir plusieurs mois plus tard, pour ne pas dire années. Et encore, parfois, ils ne les découvrent pas et décrochent de l’industrie parce qu’ils ne veulent pas rester dans un milieu qui leur impose une attention de chaque instant.

En plus d’être un point de repère pour beaucoup, l’E3 est aussi un instant de rêve où tout est possible. L’expression “trailer E3” ne vient pas de nul part : puisque le show est attendu et sera très suivi, même par des joueurs occasionnels, il faut marquer les esprits et repousser les limites. Les éditeurs passent donc un temps important à préparer ces démonstrations, en cinématiques ou en gameplay, prenant parfois du temps précieux aux développeurs mais permettant aussi parfois de clarifier les choses sur des projets naissants.

Alors oui, ces vidéos ne reflètent que rarement le jeu final, un constat démarré avec Killzone 2 il y a bien longtemps, mais peu importe. Tout le monde se souvient de la présentation d’Assassin’s Creed Unity, de Watch Dogs, d’Anthem ou même le gameplay de Battlefield 4 avec l’immeuble qui s’effondre. La liste serait encore très longue et chez presque tout le monde et même si les jeux n’ont pas été à la hauteur (ce qui est le cas des 4 exemples cités), ces vidéos ont marqué les esprits de nombreuses personnes. Sans cette émulation de l’E3 (qu’on retrouve sur des rassemblements bien définis comme les Game Awards ou la Gamescom), on perd cette rêverie.

Pour ne pas être complètement à décharge, regardons les propositions émises par les insiders de mauvais augure. L’idée principale est de regrouper les présentations isolées sous la bannière du Summer Game Fest. Dans un monde idéal, cela signifierait que tous les éditeurs se coordonnent avec l’initiative de Geoff Keighley et donc chaque consommateur n’aurait que les comptes du Summer Game Fest à suivre au quotidien. On aurait ensuite droit à des présentations précédées et/ou suivies d’interviews en pseudo-direct, ce qui remettrait les journalistes, et les développeurs, au centre de la communication.

Sauf que cette initiative, on l’a vue en 2020 et en 2021. Dans les faits, la plupart des acteurs du marché se sont débrouillés par eux même et le Summer Game Fest n’a fait que relayer les annonces, ce que font déjà de nombreux comptes sur les réseaux sociaux (dont nous même d’ailleurs). Les quelques annonces et autres présentations faites officiellement avec l’étiquette du Summer Game Fest ont été de deuxième, voire de troisième, zone et la forme n’a pas attrapé les joueurs occasionnels, elle a d’ailleurs eu du mal à passionner les passionnés.

Pour vous dessiner le tableau, imaginez un stream fait “à la maison” par Geoff Keighley qui invite ses amis à distance pour discuter entre eux pendant une heure de la présentation à venir. Des discussions pas souvent intéressantes qui ressemblent plus à un étalage des contacts de chacun, un exercice narcissique d’auto-satisfaction. Et après le show, la même chose, en compagnie de développeurs, avec un rythme mou, des entretiens longuets pour ne déblatérer que de la langue de bois. Et quand cela se passe sur des conférences, cela nous donne des présentations de plus de 2 heures avec en tout 5 annonces à retenir, un ratio pas rentable, même pour les acharnés de l’info.

Le constat, c’est donc que si l’E3 doit disparaître, les alternatives pour le remplacer ne sont pas prêtes, notamment à cause de problèmes d’egos. Dans le Mois-Sonneur numéro 72, on évoquait déjà des modifications du format de l’E3 pour être plus en accord avec les médias actuels, l’indication que ces discussions ne sortent pas de nul part. Mais l’E3 est trop important, rien que pour l’économie, pour disparaître. Certes, Sony, Nintendo et EA étaient officiellement sorti du rassemblement, mais ils organisaient quand même des conférences et des évènements en même temps que le rassemblement californien. Pour paraphraser le dicton, l’E3 est mort, vive l’E3.

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