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    Mois-Sonneur #94 : Guerre en Ukraine et jeu vidéo

  • Mois-Sonneur
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Pour faire le point sur le mois de Février dans le monde du jeu vidéo, on aurait pu se poser des questions sur les stratégies de rachat des gros groupes, et discuter d'argent, de gros jeux et de batailles d'égos. Malheureusement, la guerre en Ukraine a un peu tout bousculé, y compris le monde du jeu vidéo. On s'y attaque donc une bonne fois ici, et on espère vraiment que nous n'aurons pas de mise à jour à proposer dans les prochains mois. Comme toujours, vous pouvez commenter et partager.

La guerre, la vraie

Avant toutes choses, Total-gamer.com est un site sur l'actualité du monde du jeu vidéo et nous, les rédacteurs qui y officions, ne comptons pas devenir des experts en diplomatie mondiale ou en géopolitique, comme nous n’étions pas devenu des experts en épidémiologie il y a quelques mois lorsque nous évoquions les possibles impacts du Covid-19 sur le monde du jeu vidéo. Nous parlons de jeu vidéo, et quand bien même cela pourrait paraître égoïste ou anecdotique compte tenu de la situation, c’est ce que nous savons faire et c’est ce que nous allons continuer à faire. La guerre fait donc rage en Ukraine et cela impacte le monde du jeu vidéo, voilà le sujet de ce billet.

Les premiers impactés sont bien évidemment les studios Ukrainiens, parmi lesquels on pensera en priorité à GSC Game World, dans la lumière en ce moment pour le développement de Stalker 2. Aucune supposition sur le présent de ce cas, le studio a tout de suite mis un message sur twitter appelant à soutenir financièrement l’armée ukrainienne. Il n’est plus question de développer un jeu très attendu, il est question de défendre son pays et sa vie. Cela signifie à coup sûr un nouveau report pour le jeu, d’au moins quelques mois et qui sera modulé par la durée du conflit.

On peut tout de même se demander ce que va devenir Stalker 2 dans ce contexte. Le développement est à l’arrêt total, on espère les développeurs en sécurité et les locaux sont inaccessibles car sous les bombes. On va supposer que le projet est sauvegardé dans un lieu qui ne peut pas être détruit au cours de cette guerre sinon on serait dans le pire des cas. Pour que le développement avance quand même un peu, il faudrait exfiltrer les développeurs et leur trouver un point de chute, pourquoi pas un studio d’un pays voisin qui pourrait prêter ses locaux en faisant un geste humanitaire. On parlerait alors d’un développement grandement ralenti ce qui pourrait repousser la sortie de plusieurs mois, voir de quelques années.

GSC Game World s’occupe aussi de l’édition du jeu ; c’est donc un projet indépendant qui ne subira pas la pression d’un investisseur extérieur qui forcera une sortie prématurée. D’un autre côté, un éditeur externe aurait eu plus de facilité pour exfiltrer le projet et le confier à une autre studio pour faire les finitions. Là, il faudra tout faire en interne, avec certainement de nombreux coûts imprévus qui vont devenir compliqué à supporter. L’abandon du jeu signerait sûrement la fin du studio, on peut donc espérer voir le jeu sortir un jour, mais certainement plus dans l’état que nous avions en tête.

GSC Game World n’est pas le seul studio ukrainien concerné directement par la guerre, c’est simplement celui qui est le plus dans la lumière en ce moment. Chez les autres, on citera 4A Games ou Blackwood Games qui sont dans des étapes de pré-productions de projets. La guerre n’est pas plus amusante pour eux mais un retard de quelques mois dans ces phases de travail peut s’absorber plus facilement. Un mot tout de même pour Frogwares, empêtré dans une affaire judiciaire avec l’éditeur français Nacon autour du jeu The Sinking City et qui venait de sortir Sherlock Holmes Chapter One pour se refaire une santé. Selon l’impact réel de la guerre sur les marges de manœuvre de l’entreprise, on pourrait bien entendre parler de fermeture dans les prochains mois.

On compte aussi quelques antennes de studios plus gros et plus internationaux, avec en tête de pont Ubisoft Kiev. L’éditeur français a déclaré vouloir mettre ses employés en sécurité en premier lieu, il ne peut malheureusement rien faire de plus qu’une déclaration. D’un point de vue plus prosaïque, Ubisoft Kiev est un studio d’appoint qui officie sur de nombreux projets sans jamais être moteur. Pour Ubisoft, cela équivaut à une perte de force de travail sur le moment mais l’entreprise estime pouvoir faire face à son grand exode sans sourciller, elle pourra bien se passer de sa béquille ukrainienne pour quelques mois. Cela permettra peut-être de reprendre un rythme de développement plus étalé, plus long, ce qui n’est pas forcément mauvais vu les cadences atteintes ces dernières années pour des résultats souvent décevants, au minimum.

De l’autre côté du conflit, la Russie n’est pas réputée pour ses studios de développement et on ne compte pas de grosse structure qui pourraient être directement impactées par les sanctions économiques infligées par l’Europe. Le gros nom qui sera embêté pourrait être Escape from Tarkov, jeu en perpétuel accès anticipé. Le développeur Battlestate Games va peut-être ralentir le rythme des mises à jour, ce qui ne devrait pas trop déranger des fans aguerris à l’art de la patience. L’autre grand nom Russe du jeu vidéo est 1C Company, société spécialisé dans le développement de logiciels de façon générale et qui vient de se faire racheter sa filiale 1C Entertainment spécialisée dans le jeu vidéo par Tencent, problème réglé.

La bataille économique qui s’annonce aura très certainement des répercussions bien au-delà des pays directement concernés par le conflit et va secouer l’économie mondiale, y compris dans le monde du jeu vidéo. La dynamique de rachat que nous observons ces derniers temps pour se retrouver enrayé, ou prendre une tout autre signification. L’emprise de Tencent pourrait prendre tout son sens quand les autres pourraient tenter de s’agglomérer pour éviter de disparaître. Côté jeux, on pourrait voir revenir encore plus de jeux simples, pas trop ambitieux et pas trop cher, comme après la crise financière qui avait touchée le monde du jeu vidéo au début des années 2010. Cela avait accouché à des Assassin’s Creed et autre Call of Duty tous les ans et pas sûr qu’il y aura cette fois des indépendants sans peur pour prendre les risques qui avaient conduit à The Witcher 3.

Enfin, sans jouer les diseurs de bonne aventure, projetons-nous dans le cas où le conflit déborderait sur les pays voisins. Encore une fois, le jeu vidéo serait très certainement une question bien anecdotique mais tentons de donner des clés de compréhension sur notre média préféré. La région qu’on appelle vulgairement “l’Europe de l’Est” regorge de très bon développeurs de jeux qui sont en pleine ascension. On pensera à la Pologne avec CD Projekt RED, The Farm 51, Bloober Team, CI Games ou Techland, la République Tchèque avec Warhorse Studios ou encore la Suède avec Starbreeze Studios, Mojang ou Dice. Ce serait tout simplement l’une des plus importante zone de production du jeu vidéo à l’heure actuelle qui se retrouverait à l’arrêt

Vous l’avez compris, cette guerre en Ukraine aura un impact certain sur le monde du jeu vidéo, même si le conflit s’arrête sur le champ, ce qui ne semble pas être la direction prise par les belligérants. Mais n’oublions pas que la vie des personnes prises dans ce conflit vaut plus que n’importe quel jeu, et que nous devrons tous faire preuve d’humilité lorsque les choses reviendront à la normale et que les projets que nous attendons porteront en eux les cicatrices indélébiles de la guerre.

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