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    Mois-Sonneur #84 : Nouvelle ère dans le jeu vidéo ?

  • Mois-Sonneur
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Un mois de Mars 2021 plutôt calme mais il faut quand même le résumer dans un nouveau numéro du Mois-Sonneur. Et on profite de cette actualité au ralentit pour se poser des questions plus générale sur l'industrie, qui semble beaucoup bouger ces derniers temps. Comme toujours, n'hésitez pas à commenter et à partager.

Et si on changeait d’air ?

On peut le dire sans sourciller aujourd’hui, le jeu vidéo est une industrie. Je sais, je ne prends pas de gants et vous avez été soufflé par cette affirmation. Plus sérieusement, le jeu vidéo n’est définitivement plus cet art à la marge, dénigré et auquel on accole tous les maux de la Terre. C’est déjà vrai depuis quelques années, mais il semble maintenant qu’on ne puisse plus faire marche arrière. Essayons donc de comprendre vers où on avance.

Pour bien comprendre, il convient de regarder un peu dans le rétro-viseur et de se comparer aux autres arts passés par là, en particulier le cinéma. Lors de son lancement dans les années 60, le jeu vidéo est une idée en l’air, permettant de divertir quelques temps et que l’on regarde comme une bizarrerie technologique. Un début d’industrialisation naît dans les années 70 avant le krach de 1983, où beaucoup ont enterré le jeu vidéo, au propre comme au figuré. C’était en fait le nettoyage nécessaire pour démarrer l’ère des consoles de jeu et de la démocratisation de cet art.

Le cinéma aussi est passé par ces étapes, plus ou moins dans les mêmes temps de passage, avant de se structurer en industrie à part entière dans les années 1930 pour devenir le rouleau compresseur que l’on connaît aujourd’hui (je vous passe volontairement les aléas du temps sur lesquels je reviendrai). Le jeu vidéo s’est donc retrouvé sur les bons rails, portés par Nintendo, Sony, Sega puis Microsoft. Et du côté des développeurs, des entreprises comme Activision, Electronic Arts ou Ubisoft ont fait leurs armes en partant d’en-bas, avant de devenir les mastodontes d’aujourd’hui.

Mais voilà que cette situation bien tranquille s’est trouvé récemment bousculée par de nouveaux investisseurs, ne bénéficiant pas du seau des âges comme marque d’approbation. Et pour répondre à Tencent qui s’est mis à investir partout, c’est la panique et la réorganisation dans tous les sens. C’est dans ce sens qu’on peut se dire que l’industrie encore bon enfant d’hier a laissé place à un monstre économique qui n’a plus que pour but de satisfaire des investisseurs, transformant les joueurs en consommateurs.

Pour matérialiser tout cela, les restructurations se sont multipliées ces derniers temps et les projets un peu flou ont été renvoyés à la poubelle. Le Covid-19 a amplifié le phénomène, il n’est maintenant plus question de jouer les équilibristes avec un projet ambitieux mais risqué. Chacun se retranche sur ses positions et tout le monde se met d’accord pour ne pas embêter les copains. Activision gère la branche FPS arcade, Electronic Arts s'occupe du sport, des courses et des licences célèbres et Ubisoft garde sa formule de monde ouvert à service. Et pour le reste, tout le monde se met au pas, réitérant les mêmes jeux de mois en mois en priant très fort pour que le public soit là.

Et pour le moment, le public est là. Il pourra toujours râler que son Fifa annuel est naze, que son Call of Duty régresse, que son Assassin’s Creed n’a pas d’âme, il achète parce qu’il à besoin de cette source de divertissement. Et si un jeu risque de ne pas divertir, il n’a pas le droit à l’essai, l’argent a déjà été mis sur les jeux annuels. Alors on multiplie les Souls-like ou les Battle-royales en free-to-play et même les joueurs se terrent dans leur camp, n’osant plus la découverte. Et comme cela, le cercle se referme, ne laissant que les indépendants au contrôle de la créativité.

Il n’est pas question ici de dire que le jeu vidéo était meilleur avant, c’est tout simplement faux. Bien évidemment qu’un jeu moyen aujourd’hui est beaucoup plus abouti qu’il y a 20 ans, mais il est très certainement aussi beaucoup moins mémorable. Oui, il existe toujours des jeux qui sortent du lot, et des joueurs pour s’y essayer, mais l’ensemble de l’industrie ne prend pas cette tournure. Et l’argent de Tencent n’ira pas en aidant.

Finalement, on a presque l’impression d’avoir fait un tour sur nous même, en remettant le divertissement au centre du village pour délaisser l’émotion. On serait alors comme dans les années 70, avec le krach devant nous, et c’est peut-être ce qu’il peut nous arriver de mieux. Et c’est là que j’en reviens à l’histoire du cinéma.

Après le démarrage de l’industrie dans les années 20/30 (grossièrement), le cinéma n’a fait que croître, jusqu’à arriver dans les années 40/50 avec des films grandiose, avec des budgets pharaoniques, des milliers de figurants et des studios de production tout puissants. Et puis les gens ont arrêté d’aller voir ces films, l’industrie s’est en partie effondrée et quelques réalisateurs indépendants à l’époque se sont retrouvés dans la lumière, avec des films bourrés d’idées qui sont rentrés dans les mémoires (dans les années 60/70). Et puis les blockbusters sont revenus dans les années 80/90, et plus ou moins ainsi de suite. Sauf qu’à chaque fois que l’industrie redémarre son cycle, elle apprend, elle avance, elle évolue.

Dans le monde du jeu vidéo, l’industrie d’hier n’est pas le paradis qu’on pourrait essayer de vendre. On a notamment vu ces dernières années de gros problèmes de gestion humains dans le studio de développement, des problèmes qui viennent justement des débuts. Les directeurs d’aujourd’hui ont commencé il y a 30 ans, avec des petites équipes où tout le monde se connaissait, et où le travail se faisait dans un garage, entre amis, en grossissant le trait. Ces personnes ne savent tout simplement pas comment gérer des centaines d’employés sur plusieurs étages hiérarchiques. La nouvelle ère peut donc amener un peu de professionnalisme qui ne fera pas de mal.

Le jeu vidéo de demain sera donc bien différent du jeu vidéo d’hier. La dématérialisation a définitivement pris le pas, les free-to-play, jeux à service et abonnements sont devenus monnaie courante et transforme le paysage. Les géants d’hier sont plus que jamais fragilisés, et des outsiders venus de nul part pourraient jouer les oiseaux de mauvaise augure. Mais pas de panique pour autant, on peut aussi se dire que le jeu vidéo a gagné le droit d’avoir ses propres grosses crises sans craindre l’extinction, nouvelle preuve que notre média préféré à bien changé d’ère.

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