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    Mois-Sonneur #83 : Quelle suite pour Cyberpunk 2077 ?

  • Mois-Sonneur
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L'année 2021 devrait être plutôt mouvementée, dans la suite d'une année 2020 de toutes les surprises dans le monde du jeu vidéo. En attendant qu'un sujet sorte du lot, on va tranquillement revenir sur le cas Cyberpunk 2077 tout en traitant l'actualité en vidéo. Comme toujours, retrouvez un billet plus long sous la vidéo et n'hésitez pas à commenter.

Le future s’assombrit

Le jeu le plus attendu de l’année 2020 aura sans conteste été Cyberpunk 2077. J’entends déjà les fans de The Last of Us 2 défendre leur poulain, arguant que les leaks auront été longuement commenté par tous, tout comme les problèmes internes à Naughty Dogs et autour du développement du jeu. Tout cela est vrai mais n’est rien par rapport à l’attente créée par la nouvelle création de CD Projekt RED. Pour preuve, la sortie de Cyberpunk 2077 a complètement occulté la victoire de The Last of Us 2 au titre de jeu de l’année.

Cette remise en contexte permet de comprendre l’ampleur du choc qui a secoué Cyberpunk 2077 à partir du moment où le jeu s’est retrouvé dans la nature. Le public attendait un messie qui dépasserait toutes les attentes en matière de RPG, de scénario à embranchement, de monde ouvert, de jeu mature et d’univers futuriste. Le résultat est au mieux moyen sur chacun de ces points, une sacrée déception. Surtout, le rendu est perclu de bugs, le rendant injouable sur PS4 et Xbox ONE et pas franchement très agréable même sur PC.

Ce scandale a été très longuement couvert, y compris par nous même, avec son lot de rebondissements tous plus inattendus les uns que les autres. Si on fait un petit bilan : le jeu s’est très bien vendu jusqu’à rentrer dans ses frais en quelques jours, Sony l’a retiré de la vente sur son store en ligne, des joueurs ont demandé le remboursement, les développeurs ont promi des mises à jour correctives début 2021 et les investisseurs ont lancé une procédure en justice pour mensonges lors de réunion de levées de fonds. Et au milieu de tout cela, des gros problèmes dans le studio avec des employés épuisés.

Nous avons laissé quelques semaines pour que la situation se stabilise et essayer d’y voir un peu plus clair sur l’avenir du projet. Les premières mises à jour sont arrivées jusqu’au mois de Février. Et la situation s’est mise à dérailler, avec un premier retard qui devrait se reporter sur tous les contenus attendus dans l’année, à commencer par les versions PS5 et Xbox Series X, puis sur le multijoueur. Vu la situation, on est forcément très inquiet concernant la faisabilité de ce travail, entre des procédures judiciaires qui semblent mal embarquées pour le studio et des grognements en internes, plutôt à raison d’après les témoignages qui nous arrivent.

D’autres jeux ont déjà eu à vivre des situations similaires ces dernières années, et on trouvait intéressant de voir à quel point les parallèles sont possibles et ce qu’ils peuvent nous apprendre sur l’avenir. Et le premier jeu que l’on voulait regarder n’est autre que The Witcher 3, précédente grosse création de CD Projekt RED qui est justement sur le banc des accusés dans le cas de Cyberpunk 2077. Car si The Witcher 3 est aujourd’hui acclamé de toute part (globalement à juste titre), le lancement avait été un peu plus tortueux.

Souvenez-vous, nous sommes en 2015 et les vidéos de The Witcher 3, entre cinématique et gameplay, sont absolument impressionnantes sur le plan technique. Nous sommes encore en attente d’un jeu “next-gen” après une année 2014 très décevante sur le plan technique pour les nouvelles PS4 et Xbox ONE et cette création venue de Pologne, dernier épisode d’une série de niche qui possède une jolie réputation, apparaît comme le lanceur de la génération.

Au moment de son lancement, la presse et le public sont globalement unanimes pour saluer un jeu fantastique. Les ventes sont bonnes, le petit message de CD Projekt RED leur donne une cote de sincérité incroyable et le jeu atteint son rang de lanceur de génération. Pour autant, une partie minoritaire du public s’est plaint, notamment en ligne, d’une qualité graphique en dessous des attentes, notamment en dessous des vidéos promotionnelles. On appelle déjà cela le downgrade graphique, une pratique dont s’est rendu coutumier l’éditeur Ubisoft.

Si cette histoire a fait du bruit, assez pour atterrir sur la page wikipédia, elle reste un épiphénomène mort dans l'œuf. Les râleurs ont râlé, le studio a utilisé son crédit sincérité, a réalisé quelques mises à jours pour se donner bonne conscience et les qualités naturelles du jeu ont fait le reste. La technique de fond était assez solide à la base et la direction artistique ainsi que les choix de design avaient tout ce qu’il fallait pour s’imposer d’eux-même.

Dans le cas de Cyberpunk 2077, le capital sympathie du studio a joué comme un bouclier avant la sortie. Les dernières vidéos, ainsi que les nombreux reports et les quelques témoignages internes, laissaient penser à une sortie problématique, tout de même pas au niveau de la catastrophe que nous avons eu. Mais beaucoup ont fermé les yeux et n’ont pas eu le niveau d’alerte qui avait cours en 2015. Surtout, le fond technique du jeu est un chantier sans nom ; CD Projekt RED a développé un nouveau moteur de jeu avec un système de gestion des objets générés qui est absolument catastrophique, sans compter les nombreux problèmes de rendu de textures. Il n’est donc pas question de mises à jour à la marge mais bien de travail de fond pour redresser une structure tordue.

L’autre jeu qui nous venait en tête pour mieux comprendre la situation n’est autre que No Man’s Sky, lui aussi très attendu, lui aussi avec un lancement très chahuté par des joueurs mécontents, lui aussi accusé de publicité mensongère. Et par la suite le studio Hello Games, structure indépendante au même titre que CD Projekt RED même si moins importante en terme de nombre d’employés, a travaillé régulièrement pour fournir de nombreuses mises à jours, toutes gratuites et ajoutant de nombreux nouveaux éléments de gameplay jusqu’à devenir l’un des jeu/studio les plus respectés pour ce retournement de situation.

Le cas de No Man’s Sky est quand même très différent de celui de Cyberpunk 2077, à commencer par l’accusation. Le jeu n’était pas buggué ou injouable, il était accusé d’avoir promis un jeu d’action en multijoueur dans l’espace, une accusation rejetée par la justice et qui sort de l’imagination de fans mal renseignés. Les mises à jour n’ont d’ailleurs pas corrigé des problèmes de jouabilité, ils ont ajouté des éléments de jeu que personne n’avait demandé et qui n’ont pas trahi l’esprit d’exploration au centre de l’aventure. Pour le dernier né de CD Projekt, il faudra réaliser des fondations solides avant de penser ajouter du contenu nouveau.

On pourrait continuer comme ça un petit moment à égrainer les projets à problèmes qui ont eu le droit de sortir et de se racheter, on pense qu’avec The Witcher 3 et No Man’s Sky, on tient les deux plus proches cousins du cas Cyberpunk 2077 avec un alliage d’attente énorme, de déceptions à différents niveaux et de mises à jours correctrices. Pour autant, le cas de Cyberpunk parait plus compliqué encore puisque le jeu est englué dans des procédures judiciaires et administratives qui lui sont, à l’heure où sont écrites ces lignes, plutôt défavorables. Vous comprenez donc qu’on est plutôt pessimistes sur la possible chance d’avoir un jour un Cyberpunk 2077 qui soit satisfaisant mais on  sera ravi de se tromper et de jouer à un bon jeu un jour.

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