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    Mois-Sonneur #79 : Bethesda, ça change quoi ?

  • Mois-Sonneur
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On a pris le temps après l'énorme choc de ce 21 Septembre 2020 pour donner une opinion posée sur le rachat de Bethesda par Microsoft. Bien évidemment, le Mois-Sonneur dans son ensemble revient sur l'ensemble de l'information du mois passé, et pas uniquement sur cette histoire autour de Bethesda. Et comme depuis un petit moment, vous retrouvez un billet plus complet sous la vidéo ci-dessous.

Bethesda, pour quoi faire ?

Cette année 2020 ne nous aura pas laissé beaucoup de répit. Microsoft a lancé la date de lancement de sa console au milieu de rien, obligeant Sony a dégainé rapidement, pour une nouvelle génération que nous pourrons critiquer dans les mois à venir. Et tout aussi soudainement, Bethesda est devenu un studio Microsoft.

Pour être précis, c’est la maison mère, Zenimax Entertainement, qui a été racheté pour 7,5 milliards de dollars, en faisant une des plus grosses transaction de l’histoire du divertissement, tout simplement. Cela signifie donc que tous les studios affiliés à Bethesda passent maintenant dans l’escarcelle de Microsoft, soit 8 développeurs. Et d’un coup, Microsoft et sa Xbox Series X/S sont devenus les numéros 1 du marché pour une partie du public. Essayons de prendre un peu de recul pour analyser tout cela.

Tout d’abord, ces lignes ont été écrites une dizaine de jours après l’annonce, après l’instant zéro. Rarement l’expression “faire l’effet d’une bombe” aura été aussi appropriée. Sur le moment même, ce fut l’incompréhension pour beaucoup, même dans l’industrie, comme si l’information était trop incongrue pour pouvoir être assimilée. L’information est tombé comme ça, au milieu de rien, sans qu’il n’y ait eu le moindre début de rumeurs. Et pourtant, la vente de Bethesda n'apparaît pas si illogique que cela au regard de leurs 5 dernières années.

Skyrim en 2011, Fallout 4 en 2015, et puis plus rien ou presque jusqu’en 2018 avec les annonces de Starfield et The Elder Scrolls 6. Tout juste pourra-t-on ajouter un The Elder Scrolls Online qui a su trouver un second souffle bienvenu. Et puis le Fallout 76 de sauvetage, envoyé pleins de trou comme une bouée à la mer, une bouée qui se noie. Les dernières années de Bethesda en tant que développeur sont très compliquées pour des raisons officiellement non connues. Est-ce le projet Starfield qui a pris trop de retard ? Un autre projet abandonné en cours de route mais qui aurait mangé 2 années ? Toujours est-il que le développeur s’est retrouvé sans rentrés d’argent pendant un grand moment et les réserves du passé qui permettaient de survivre s’épuisaient dangereusement.

En parallèle de cela, les actions d’éditeur de Bethesda n’ont pas non plus aidé. C’est tout à l’honneur du studio de soutenir des projets créatifs et inventifs, quelque soit leur rentabilité. Mais entre Wolfenstein, The Evil Within, Dishonored ou Prey, ça fait beaucoup d’argent perdu, pour un peu de renommé auprès d’un public de niche. Seul Doom et sa suite récente sont à mettre du côté des bonnes nouvelles et encore, le développement de Doom Eternal a été si compliqué qu’il a certainement coûté plus cher que prévu.

En prenant tout cela en compte, le rachat ne paraît pas si incongru. Il faut d’ailleurs noter que l’entreprise n’avait quasiment pas communiqué de l’année, un signe de sa mauvaise santé. De l’autre côté, les gros portefeuilles de l’industrie se sont mis en chasse, en coulisse. Une petite bataille entre Electronic Arts et Microsoft plus tard, c’est le constructeur qui repart avec un studio moribond sous le bras, mais 2300 employés, 8 structures de développement et plusieurs licences populaires et souvent acclamées par la presse.

Sur le court terme, cette acquisition ne va rien changer pour personne si ce n’est pour les employés récupérés qui devraient voir un nouveau nom en haut de leur bulletin de salaire, et encore, c’est à prouver. Deathloop et Ghostwire Tokyo sortiront bien sur PS5 avec une exclusivité temporaire et tous les projets en cours seront maintenus, sans nouvelle commande dans les 2-3 prochains mois. Le seul résultat visible est l’ajout de Doom Eternal au Game Pass, pas de quoi en faire tout un plat.

C’est sur le long terme que l’opération est plus intéressante à analyser. Et aussi plus risqué car Microsoft est une grosse entreprise qui peut, à tout instant, tout envoyer en l’air sans prévenir personne (on passe d’ailleurs le bonjour à Lionhead Studios). On va donc s’appuyer sur la nouvelle politique de la branche Xbox, exposée depuis 2 ans maintenant, pour étudier tout cela.

Du coté de Microsoft, on n’a pas mis 7,5 milliards de dollars, soit quasiment 2 ans de gains de la branche Xbox, juste pour s’amuser. Le constructeur américain veut changer son image d’opportuniste de l’industrie à vrai pilier de la culture gaming. Cela passe par des jeux comme l’a montré Sony, notamment ces derniers temps avec les God of War, Days Gone, Ghost of Tsushima, The Last of Us, The Last Guardian ou encore l’annonce de Final Fantasy 7 Remake ou de Shenmue 3. Il y a de tout dans la liste que je viens de citer, à laquelle on pourrait aussi ajouter Death Stranding. Il y a surtout des jeux pour de “vrais joueurs de jeu vidéos”, pour des fans, et pas forcément pour le plus grand nombre.

Microsoft veut donc rentrer dans cette discussion et ne plus être considéré comme le créateurs de jeux surtout bons en ligne, une critique pas toujours vraie par ailleurs. La stratégie s’est donc portée sur le rachat de studios créatifs avec une bonne image auprès d’un public connaisseur comme Obsidian Entertainment, Ninja Theory ou Obsidian Entertainment, et se prolonge ici avec Bethesda et toute sa cohorte. Il est plus simple d’acheter des talents que de les créer et Microsoft vient de se constituer une équipe de choc pour changer son image et attirer un nouveau public en un temps records, simplement à coup de dollars.

Microsoft compte d’ailleurs sur l’ensemble de ces studios pour arroser dans le plus de genres différents possibles et ainsi alimenter son Game Pass pour tout le monde. Du jeu de voiture au FPS ,de l’aventure solo à l’arcade en multijoueur, tout le monde pourra trouver son compte et ainsi se laisser tenter par l’abonnement qui rapporte tant d’argent au constructeur. Vous remarquerez que je n’ai pas parlé de qualité de jeu, il s’agit là d’un paramètre trop complexe pour assurer que cette union va nous offrir certains des plus grands jeux de l’histoire. Mais on devrait avoir au moins des jeux corrects, soutenus par une grosse technologie et avec pas mal d’idées.

Encore faut-il réussir à gérer toute cette masse créative, ce qui n’est pas chose aisée. D’un côté, Microsoft aura certainement des commandes à proposer à ses studios et de l’autre, les créatifs auront de nouvelles idées qu’ils voudront amener au bout. Si tout se passe bien, on pourrait avoir des associations de studio comme un trio InXile-Obsidian-Bethesda qui travaillerait main dans la main sur un RPG qui redéfinirait le genre. On observe d’ailleurs que les studios Sony n’hésitent pas les échanges de technologies et de conseils, une pratique qui participe à améliorer les jeux.

Sauf que face à ce plan idyllique, il y a plusieurs années de compétitions entre entités à enterrer. En reprenant le trio InXile-Obsidian-Bethesda, on sait que ces 3 entreprises ont eu quelques différents conséquents par le passé. Il va donc falloir faire collaborer les adversaires d’hier, pas une mince affaire.

Du côté de Bethesda, ce rachat agit comme une bouée de secours. Le studio perd sa casquette d’éditeur pour se recentrer sur le développement, avec un appui financier qui lui donne quelques années d’air frai permettant par exemple de travailler convenablement sur un nouveau moteur de jeu. C’est donc un pas en arrière pour l’entreprise qui était arrivé à l’étape de la conférence à l’E3, mais un pas qui lui permet de rester en vie.

En reconcentrant ses projets et ses forces, et en ayant l’appui d’un gros éditeur qui agira comme tour de contrôle, Bethesda peut aussi espérer sortir de très grands jeux mieux cadrés. Certes, dans un passé pas si lointain, Microsoft était plutôt une entrave à ses développeurs avec qui la communication était difficile (nouveau bonjour à Fable Legends en y associant Sea of Thieves ou Scalebound). En étant optimiste, on dira que Microsoft a appris de ses erreurs, et c’est Bethesda qui en tirera les bénéfices.

Un dernier axe d’analyse concerne les autres studios impliqués dans cette histoire. Les entités avec des licences fortes comme Machinegungames ou id Software devraient rester concentrées sur leur jeux (en l'occurrence Wolfenstein et Doom). On pourrait quand même imaginer une fusion des deux entités ou une répartition plus réfléchie comme l’alternance Forza Motorsport/Forza Horizon de ces dernières années entre Turn 10 et Playground Games.

Pour Arkane Studios et Tango Gameworks, la situation est un peu différente et les questions seront nombreuses après les sorties respectives de Deathloop et Ghostwire Tokyo. Les deux entités arrivent avec des visions créatives bien connues mais qui vont commencer à faire bouchon parmi la vingtaine de développeur sous l’égide de Microsoft. Il ne serait donc pas surprenant de voir une réorganisation de tout le monde dans moins d’un an. On pourrait garder quelques petits studios toujours pratiques et aux projets typés indépendants qui sortent rapidement et conviennent à un certain public. Pour les autres, ce pourrait être la fermeture ou la prise d’indépendance, une situation qui sera certainement plus problématique que prévue.

Il faut aussi voir que ces studios avaient l’habitude d’échanger avec Bethesda, et qu’il changeront d’interlocuteur sans l’avoir décidé, une situation qui ne plaira pas à tout le monde. Il faudra donc surveiller de près les éventuels départs de créatifs qui iront créer leurs studios à côté. On se retrouverait alors avec le nom des studios chez Microsoft mais plus leur essence, une situation qui existe déjà ailleurs dans l’industrie (et là, un bonjour à Bioware).

Dernier point, toutes ces sorties ne seront pas forcément exclusives à la console Xbox du moment, les joueurs Sony peuvent, je pense, être sereins. Microsoft a martelé que son objectif principal était son Game Pass, qui lui ramène des montagnes d’argent. On peut tout à fait imaginer un jeu qui sort sur PS5 à 80€ et  sur Xbox Series X/S ou PC “gratuitement” via le Game Pass. Un argument qui fera mouche auprès d’un public qui est de toute façon déjà dans l’économie de l’abonnement.

En clair, Microsoft a frappé fort, mais il lui reste encore à assumer. Dans le cas où tout ne se passerait pas bien, les joueurs sauront avoir le retour de bâton qu’il faut, si ce n’est même plus. Microsoft a donc pris un risque, et c’est comme cela qu’on peut faire bouger les choses.

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