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    Mois-Sonneur #76 : Le jeu vidéo doit-il s'engager ?

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Nouveau Mois-Sonneur et on continue de bousculer le calendrier habituel. Au lieu de débriefer un E3 absent (ce qu'on devrait faire le mois prochain rassurez-vous), on attaque un nouveau sujet tendu à savoir l'engagement politique dans le jeu vidéo. Et comme toujours, vous trouvez un article un peu plus long si vous souhaitez avoir un peu de lecture sur le sujet. Et aussi, n'hésitez pas à commenter et à partager.

Battre le pavé fermement

Toutes les annonces, notamment autour de la PS5, ont pris une semaine de retard, le temps de penser à des causes plus grandes et plus importantes que toute notre temps sur console. On a même eu un blackout tuesday, où tous les réseaux sociaux se sont arrêtés. On va être clair, tout cela ne changera pas grand chose à la problématique plus profonde. Certains avancent même que ces positions soudaines sont hypocrites, et qu’elle répondent plus de l’économie que d’une réelle volonté de changer les choses. Certes, et alors ? Si quelques jeunes personnes pas encore sensibilisées aux questions politiques ont pu commencer à réfléchir, c’est une bonne chose. Sauf que poster des messages sur les réseaux sociaux ne sera pas suffisant.

Par la suite du mois, la sortie de The Last of Us 2 et son “review bombing” ont de nouveau placé la question de la politique en jeu vidéo au centre du débat. Sauf que cette question est idiote. Le jeu vidéo est un art, une position que je défend personnellement depuis plusieurs années, et à ce titre, il peut évoquer une position politique. D’ailleurs, l’homosexualité d’Ellie est un fait, pas une position politique. C’est ce qui caractérise un personnage, pas une incitation à je ne sais quoi. Je peux même affirmer que si Ellie avait tuer des gens à cause de leur couleur de peau, ça n’aurait pas dérangé à ce niveau, et personne ne se serait plaint d’une position politique.

Des positions politiques dans le jeu vidéo, il n’a pas fallu attendre Naughty Dog et l’année 2020 pour en voir. On peut d’ailleurs noter que The Last of Us 2 est plutôt froid question politique, posant simplement la question des conséquences de nos actes violents, dans un monde lui-même ultra-violent. Récemment, Death Stranding était beaucoup plus engagé avec la question de la connexion entre les populations, une connexion qui, si elle est forcée, ne fonctionne pas et conduit à la perte. Cette position est bien plus complexe qu’on ne pourrait le penser et reflète la pensée de son créateur et de son équipe. C’est un énoncé politique, transformé en gameplay, sur lequel on peut débattre. C’est une position politique au milieu de plusieurs autres (la confiance envers les dirigeants, le respect des ordres dans un monde désordonné, …) qui n’a pas soulevé autant de critiques.

Et on peut continuer à remonter. Puisque je parle d’Hideo Kojima, MGS est une série anti-militariste, contre l’arme atomique et qui évoque l’impuissance des États, la religion, la technologie, la manipulation des masses ou encore la transmission et la gestion d’un héritage. Mais on trouve aussi une critique du capitalisme dans Bioshock, de la religion dans dans Bioshock Infinite, du racisme dans Mass Effect, et ce ne sont pas les terroristes écologiques de Final Fantasy 7 qui diront le contraire. Et la liste des jeux aux propos politiques continue, de Halo à Half-Life, de Gears of War à Deus Ex en passant par les mastodontes de la vente, les GTA, qui ont toujours embarqué leur lot de critique envers la société contemporaine de leur sortie.

En parlant de GTA, voici un merveilleux exemple de jeu représentant la société dans toute sa diversité de façon très réussi, un autre point de friction dans la relation entre politique et jeu vidéo. Certains accusent Ellie d’être homosexuelle pour forcer une représentation d’une partie de la population. C’est faux. C’est un choix scénaristique, comme le fait que Kratos soit chauve. Bien sûr, il existe des jeux forçant une égalité des représentation sans fondement, et oui, c’est vers Ubisoft ou Electronic Arts que mon regard se porte.

La question de la diversité des représentations dans le jeu vidéo est vaste et pas nécessairement évidente. On s’imagine que les personnages féminins sont toujours hyper-sexualisés et que les personnages masculins sont dans la position du chevalier sauveur viril. Jouez à Remember Me, Portal, Metroid, Beyond Good and Evil. Et dans l’autre sens, jouez à God of War, Uncharted 4 ou Batman Arkham Knight. La réalité, c’est que le jeu vidéo est aujourd’hui assez développé pour proposer des représentations multiples, permettant à chacun de trouver un personnage à qui s’identifier. Sachant que vous ajoutez à cela les RPG qui proposent aujourd’hui de très nombreuses possibilités de personnalisation, vous donnant libre court à votre imagination, si l'apparence physique de votre personnage est important pour vous lors de votre identification.

Le vrai problème de représentation dans le jeu vidéo à l’heure actuelle, à mon sens, se trouve plutôt dans les studios. Si les créateurs viennent de différents continents (quand même trop peu d’Afrique, d’Asie hors du Japon et d’Amérique du Sud soyons honnête), leur profils sociologiques sont globalement équivalents. Oui, il y a quelques femmes dans le monde du jeu vidéo, comme Kim Swift, Jade Raymond ou encore Amy Henig, mais c’est encore peu. Même chose avec les personnes d’horizons et de cultures différentes. 

Pourquoi faudrait-il pousser pour une plus grande diversité de profils dans les studios ? Parce que cette diversité n’apportera que de meilleurs jeux. Dans le monde du cinéma, on voit en ce moment l’arrivée d’un Jordan Peel qui donne un grand coup de pied dans la fourmilière. Parce qu’il a une histoire différente, il a d’autres choses à nous raconter, de façon dont nous n’avons pas l’habitude. Si on continue dans le monde du cinéma, Les Scorses, Coppola et autres Spielberg n’ont pas des noms ou des origines qui sonnent vraiment américaine. Et cette différence qu’ils ont en eux par leur histoire, c’est elle qui bouleverse les codes, et créent des oeuvre qui nous touchent au plus profond.

Le mouvement entre-vu ce mois-ci ne doit donc pas s'arrêter là. Pour faire de meilleurs jeux, des jeux qui nous bouleverseront, qui nous toucheront et dont on se souviendra longtemps, il faut bouger les lignes, sortir des sentiers battus. C’est une tâche qui n’est pas facile quand on est dans le sentier depuis très longtemps. Un peu de sang neuf ne peut donc pas faire de mal, et participera en retour à changer un peu la société.

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