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    Mois-sonneur #75 : The Last of Us 2 est-il ruiné ?

  • Mois-Sonneur
  • Mis en ligne le

On a déjà beaucoup parlé de The Last of Us 2 et on va continuer puisque le jeu de Naughty Dog a marqué le mois de Mai. Mais je vous rassure, on parle aussi d'autre chose dans ce nouveau Mois-sonneur. Comme toujours, n'hésitez pas à commenter et à partager, et retrouver ci-dessous un billet plus complet sur la question du mois.

Comment en faire trop

Dans ce billet qui accompagne ce Mois-sonneur, comme dans tous les billets qui accompagnent un Mois-sonneur, vous avez droit à un édito qui représente un avis personnel sur un fait, un angle, un éclairage lié au monde du jeu vidéo. Cet avis s’appuie sur des faits et des interprétations personnelles de ces faits mais ne constituent en aucun cas une véritée absolue. Si je le rappel en tête de ce billet-ci, c’est parce que j’ai conscience que sur le sujet du jour, j’ai une position très personnelle, pas vraiment dans la moyenne de l’industrie. Bien entendu, cette position est soumise à la discussion.

Maintenant que j’ai pris quelques précautions, je me lance dans le vif du sujet avec une petite provocation : je pense que Naughty Dog n’est pas un bon studio de jeu vidéo et que son patron, Neil Druckmann, est très loin d’être un génie du jeu vidéo. Pas de panique, je vais m’expliquer un peu et promis, je vais quand même m’appuyer sur des faits.

Je ne refais pas l’historique et je ne me prononce pas sur le studio avant le lancement du premier Uncharted, une période faite de bon comme de moins bon et qui est tellement loin qu’elle n’a plus rien à voir avec la situation. Enfin, presque plus rien à voir, on y reviendra un peu plus tard quand même.

Donc, en 2007, Naughty Dog sort le premier Uncharted sur PS3, un jeu vite encensé par la critique et par les joueurs comme une aventure incroyable, véritable hommage à Tomb Raider et à Indiana Jones. Je pense personnellement qu’Uncharted est un mauvais jeu, qui a eu de bonnes critiques parce qu’il était spectaculaire pour l’époque. Mais sorti de ses phases scriptées qui tenaient presque des moments de scrolling forcé d’un Crash Bandicoot, les phases de tirs sont molles avec des ennemis qui vous arrivent de partout sans aucune cohérence.

Sur cette monture acclamée, un deuxième épisode voit le jour, un peu meilleur je vous l’accorde. Les problèmes de gameplay sont réglé et le tout n’est plus infâme, c’est juste dans la moyenne. Le jeu s’en sort encore une fois par son sens du spectacle, un spectacle qu’on a bien du mal à ressentir manette en main. Mais bon, il paraît que c’est suffisant pour gagner le titre de jeu de l’année.

J’avance un peu dans le temps et je passe sur Uncharted 3, mon but n’est pas de vous faire l’étalage de tout le studio. Arrive The Last of Us, réalisé par une autre équipe du studio, qui travaille différemment, laissant de côté le spectacle et se concentrant sur le gameplay et le scénario. En fait, le studio va même fonctionner en plusieurs petites équipes, chacune travaillant sur une séquence du jeu. On monte le tout ensemble et on espère que ça tient.

Je ne vais pas faire la fine bouche, The Last of Us est un bon jeu. Loin d’être le plus grand ou le meilleur jeu de tous les temps quand même contrairement à ce qu’en ont dit certains, mais un vrai bon jeu, dans le haut du panier. Mais une nouvelle fois, le studio est portée à nu, déifié même par certains, omettant volontairement de parler de quelques idées qui auraient méritées d’être réalisées différemment.

Oui, la première séquence de The Last of Us est absolument géniale, et peut légitimement postuler parmi les plus grands lancement de l’histoire du jeu vidéo. Mais par la suite, le côté décousu de séquences mises les unes à la suite des autres se ressent, et le début trop grand pèse sur un jeu qui peine à atteindre la barre qu’il s’est lui-même fixé en introduction. Le résultat est de très bonne facture, et il faut le féliciter pour cela, mais dire au studio qu’il peut encore faire mieux n’aurait pas coûté grand chose.

Seulement non, Naughty Dog est présenté comme le studio génial qui transforme toutes ses idées en aventures propres mêmes à redéfinir le monde du jeu vidéo. Dans ce contexte, on peut comprendre que les chevilles et la tête grossissent. C’est en tout cas ce qu’il s’est passé, notamment pour Neil Druckmann, patron de Naughty Dog.

Le travail sur Uncharted 4 démarre et dès le départ on nous le dit, nous aurons droit à un épisode plus sombre, avec plus de scénario et un peu de tristesse, parce que c’est ce que fait le studio maintenant. Sauf qu’avec le développement qui avance arrivent les premières informations négatives autour du studio, matérialisés par le départ d’Amy Hennig, qui s’occupait ici du scénario.

Un départ qui en entraîne d’autres et qui oblige le studio à publiquement annoncer que le projet est repris à zéro en cours de route. Pendant ce temps l, ce qu’on apprendra plus tard, c’est que les développeurs vivent un enfer avec des cadences de travail inhumaines, une pression dingue et un patron omniprésent qui refuse de s’effacer. Tout cela conduira à un jeu magnifique visuellement, avec des détails insensé comme les sacs de sables qui se vident une fois troués, mais qui conduira aussi à un jeu au gameplay incroyablement classique. On s’est inspiré des nouveaux Tomb Raider pour améliorer les déplacement du personnage mais les combats restent brouillons, à tel point que certains journalistes le remarques, accompagnant cela d’un “de toute façon, les phases de tir n’a jamais été le fort du studio” dans un retournement de veste impeccable. 

Sauf que la fin du projet est marquée par une importante vague de départ chez les employés. Il y a pourtant un nouveau projet dans les cartons, un The Last of Us 2 qui ne devait pas exister mais qui semble finalement un bon moyen de se faire de l’argent pour Sony. Et dès les premiers mois, les départs succèdent aux news de projet rebooté, loin du jeu magique, parfait et qui va tous nous emporter. Et en fond, Neil Druckmann qui nous indique travailler sur le meilleur jeu de toute l’histoire, en toute modestie bien évidemment.

Avance rapide et nous voici en 2020, année de sortie de ce The Last of Us 2. Ce devait être pour Février mais en fait non, parce que … parce que. On entend alors plusieurs voix indiquées que le projet a encore besoin de beaucoup de temps et que les équipes de développement sont lessivées, “comme c’est la coutume chez Naughty Dog”. Comme si tout le monde avait intériorisé le fait que le studio maltraitait son personnel et n’en faisait rien, alors que cette cause a été longtemps débattue en 2018 et 2019 (et sur laquelle j’avais écrit dans un précédent billet de Mos-Sonneur).

Pas grave, ce sera pour Mai. Pas de chance, le Covid-19 arrive et bouleverse pas mal de plan. Report indeterminé, avec des bruits qu’il resterait des mois de boulot. Nouveau manque de chance, le scénario du jeu fuite sur internet, avec des morceaux de cinématique en guise de preuve. Sans que personne ne sache d’où vienne la fuite, le bruit se propage que ce serait un employé mécontent qui se serait vengé. Cette option paraît peut probable mais le fait qu’elle ait pris corps auprès du public en dit long.

En parallèle, les enquêtes sur le studio sortent, et son statut de paradis du développement s’effrite franchement. Peut-être que le studio fait de bons jeux, mais au prix de vies sacrifiées. Pour The Last of Us 2, c’est 1 an et demi de crunch, à parfois 12 heure par jour 7 jours par semaines. La cadence est infernale, et liée à une gestion calamiteuse par un patron génie autoproclamée qui change d’idée quand il change de chemise.

Cette histoire on la connait bien. C’est l’histoire d’Electronic Arts avec Bioware, ou l’histoire de Chris Roberts avec Star Citizen, ou l’histoire de Rockstar qui finira par être épinglé à la sortie de Red Dead Redemption 2, malgré son statut lui aussi de plus grand studio de tous les temps. On le sait bien, dans beaucoup de ces cas, ce sont des vétérans de l’industrie qui ont démarré en faisant des heures sans compter, sur des projets d’une dizaine ou une vingtaine de personne. Et ils n’ont pas changé de méthode, ne comprenant pas qu’on ne travaille pas pareil à 20 et à 800. C’est l’histoire de Naughty Dog, entre sa période avant et après Uncharted (je vous avais dit qu’on en reparlerait).

Pour éteindre l’incendie, on annonce la sortie du jeu, de manière si précipité qu’on embarrasse le pauvre Ghost of Tsushima, qui n’avait rien demandé et sera surement retenu comme une victime économique collatéral de toute cette histoire. Et puis on multiplie les communications en se répétant et en donnant la parole à l’accusé, sans qu’il n’est à se défendre.

On nous indique que The Last of Us 2 sera une histoire de vengeance très réaliste. Tellement réaliste que le jeu regorge de petits détails, tous détaillés en vidéo avec un paquet d’explications qui font plus artificielles qu’autre chose et dont on se passerait bien. Notre personnage est plus agile car plus jeune, cela explique sûrement son comportement imitant le prince de perse sur une corde. On peut se cacher dans les hautes herbes car celle-ci ont poussé exactement à la bonne hauteur, ni trop, ni trop peu. Et la liste s’allonge au fur et à mesure qu’on nous dévoile des images du jeu.

Et même sur le plan technique, il y a franchement à redire. Là encore, on nous vend un jeu aux limites de la console mais avec des transitions de caméra d’un autre temps lorsque le personnage nage et plonge sous l’eau. Et ne regardez pas l’effet des traces laissées dans la neige, honorables mais derrière le dernier Tomb Raider sorti.

J’ai bien conscience de ce pour quoi je passe en disant tout cela. Et vous allez me rétorquer que c’est un jeu vidéo, que la capacité à détecter les ennemis derrière les murs est une mécanique de jeu, et que tout ce que j’ai énoncé sont des mécaniques de gameplay, très certainement nécessaire pour rendre l’aventure divertissante. Je suis tout à fait d’accord. Mais qu’on n'essaie pas de me faire croire que le jeu révolutionne le monde avec une approche plus réaliste. Même chose sur la technique, le jeu est très joli et semble globalement bien codé, mais dire qu’il mène l’industrie est un mensonge.

Quel sera le résultat de The Last of Us 2 ? Je n’en sait rien (même si j’ai des idées sur la réponse). Comprenez moi bien, je serai le premier ravi de jouer à un jeu qui me marque à jamais, à une histoire captivante et touchante, avec un gameplay qui me fait passer des émotions comme aucun film, livre ou disque audio ne peut le faire. J’ai malheureusement peur qu’on m’ait un peu survendu un jeu qui sera très honnête mais finalement pas si immanquable que cela, simplement parce qu’il en fait trop sans se justifier par la suite.

Et quel sera le résultat de The Last of Us 2 sur Naughty Dog, et plus généralement sur l’industrie ? Beaucoup de développeurs ont déjà annoncé partir du studio une fois le jeu sorti, au moins pour prendre de longues vacances. On a entendu Rockstar se réorganiser après le départ de plusieurs de ses plus anciens membres, pour faire des jeux moins ambitieux à l’avenir afin de mieux protéger leurs employés. Peut-être que The Last of Us 2 et son développement compliqué mettre un terme à Naughty Dog, ou au moins au Naughty Dog que l’on connaît. Et si vous êtes arrivé là, vous savez que cela me ferait certainement plaisir. Parce que je suis convaincu que si le studio arrivait à se remettre en question, il pourrait vraiment passer un cap, et rentrer ses créations tout en haut du panthéon du jeu vidéo.

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